Une enquête de Mathilde Bertuol, Damien Mioranza et Juliana Rodrigues Roza
Si la pandémie de Covid-19 a sans doute affecté les vies de nombreuses personnes, certaines ont traversé des moments de transition importants lors de cette période. C’est sans doute le cas des femmes qui ont fait l’expérience d’avoir un·e enfant en temps de pandémie. Comment ont-elles vécu leur grossesse ? Comment se passe leur entrée en parentalité ? Comment sont-elles accompagnées en cette période si particulière ? Pour tenter de le comprendre, Carole (30 ans), Blanche (27 ans), Stéphanie et Morgane (33 ans), et Lucie, jeune sage-femme de 24 ans, relatent leurs expériences de la pandémie.
C’est en janvier 2020 que Carole apprend qu’elle est enceinte. Le virus se répand en Chine et en Asie, mais l’OMS ne parle pas encore de pandémie. Carole s’en soucie peu : elle est heureuse, envisage sereinement sa grossesse qu’elle imagine faite de balades dans la nature et de moments de partage avec son entourage. Le 16 mars, elle est pourtant coupée dans son élan : le semi-confinement est annoncé. Pénurie de masques, de désinfectant, fermeture de tous les commerces, excepté ceux d’alimentation : tout s’arrête. Les écoles et les crèches ferment, notamment l’établissement dans lequel elle travaille – je me retrouve coincée à la maison. Morgane, quant à elle, profite du confinement avec son conjoint pour lancer le projet d’un deuxième enfant. Interprète pour des organisations internationales, durant l’année 2020 son travail se fait exclusivement à distance ; ses principaux employeurs étant l’Organisation Mondiale de la Santé et les Nations Unies, ce ne sont pas eux qui contribuent à élaborer les règles sanitaires qui vont y déroger. Tous les deux à la maison, avec du temps pour notre fils, on a pas hésité une seule seconde, on voulait mettre à profit cette période d’incertitudes. Mais jamais on aurait pensé que cela durerait aussi longtemps. Après le premier confinement, Morgane et son compagnon espèrent que le télétravail sera davantage démocratisé : Parfois, avec mon travail, je suis affectée à l’étranger, c’était génial sans enfant mais aujourd’hui, si je peux faire partie d’une réunion qui se déroule à Abidjan tout en pouvant aller chercher Nemo à la crèche c’est le rêve !
Carole au contraire subit l’isolement : elle ne peut, comme elle l’avait prévu, fêter l’événement avec les amis et elle ne sort presque plus. Zoom l’aide à maintenir quelques contacts : comme coach holistique, elle propose un suivi par vidéoconférence. Pourtant, lorsqu’une structure lui propose de mettre en contact des familles et des professionnel·le·s du travail social, elle hésite et finit par ne pas s’inscrire – pour moi c’est vrai que c’était intense, c’était un peu les montagnes russes, donc je me suis dit que le travail avec des familles qui sont en détresse ça va être compliqué ; je vais déjà me gérer toute seule ! Si elle n’a appris sa grossesse qu’après l’annonce du confinement, Blanche aussi regrette de ne plus pouvoir la partager avec ses proches, elle qui s’imaginait l’annoncer en personne, avec toute sa créativité, à sa sœur qui vit en Belgique. Pour cette future maman qui vit sa première grossesse, ce genre de petits moments sont importants, c’est douloureux d’en être privée. A cause des restrictions sanitaires, Blanche se voit contrainte de se rendre seule à sa première échographie – le papa ne pouvait pas venir, et t’as l’impression qu’on te vole des moments à deux, et que t’es toute seule, que tu ne peux pas partager ces moments de joie avec quelqu’un. A l’inverse, Morgane n’évoque pas ce manque car c’est le deuxième, on n’est pas autant dans la contemplation de chaque nouveauté comme avec le premier. Elle raconte une grossesse beaucoup moins centrée sur elle et sur l’évolution de son ventre car elle et son compagnon devaient déjà s’occuper d’un enfant en bas-âge : Heureusement qu’on est plus cool pour le deuxième et que le papa avait pu se délecter de voir le haricot grandir à l’écran pour Nemo ; pour le second, j’ai un peu honte de l’avouer, mais on doit faire des efforts pour y penser. Lors de sa première grossesse, elle faisait des échographies pour le plaisir, et on envoyait les photos à toute notre famille, et elles étaient affichées dans toutes les pièces ; pour le 2ème, on fait le strict minimum : j’y vais seule et c’est expéditif. Même que j’ai une fois lancé à Jo que ça serait bien qu’on les garde quand même pour les montrer un jour au deuxième, et il en a sorti une de mon sac toute pliée ; en le disant à haute voix, ça fait un peu glauque…
Alors que le Covid-19 se répand à travers le monde mais reste mal connu, les gouvernements et institutions ont divisé la population en catégories selon leur vulnérabilité présumée face au virus. L’institution dans laquelle travaille Carole, considérant que les femmes enceintes sont à risque, ne les autorise pas à revenir avant août 2020 et ce, même si les établissements réouvrent leurs portes. Le flou qui entoure alors le virus, le manque ou le surplus d’informations s’avèrent d’ailleurs déstabilisants. Si elle a d’abord essayé de s’informer, en visionnant notamment des vidéos diffusées par l’hôpital local, Carole a vite laissé tomber : A un moment donné, j’ai tout arrêté, j’ai dit non, ça suffit, c’est plus angoissant qu’autre chose. Blanche aussi a tenté, sans résultat, de se renseigner en posant des questions à sa gynécologue – j’ai surtout compris que c’était très flou pour eux. Professionnelle de la santé, Lucie confirme et s’en désole – y a des questions qui restent sans réponses, autant pour les femmes enceintes que pour nous ; on aimerait bien en avoir, mais…
Stéphanie qui travaille dans une crèche a été soulagée par sa fermeture. En mars de l’année dernière, on ne savait rien du virus et on n’imaginait pas que cela durerait aussi longtemps ; on te dit sans cesse, avec le risque de fausse couche du premier trimestre, que tu es vulnérable alors j’étais contente de ne pas me prendre la tête. Et comme elle n’avait pas encore officiellement déclaré sa grossesse à son employeur, le premier confinement lui a enlevé la pression de devoir l’annoncer plus tôt que prévu. Le sentiment de vulnérabilité accrue affecte également les relations personnelles : enceinte, Blanche a le sentiment que les gens se comportent comme si t’étais malade, ce qui tend à l’agacer – d’un côté c’est agréable car on s’occupe de toi mais de l’autre je n’aime pas quand on me dit « fais pas ci, fais pas ça » parce que tu es enceinte. Carole confirme : tout d’un coup je me suis sentie vulnérable, comme si la grossesse devenait quelque chose de… presque une maladie.
En été pourtant, la vie semble reprendre son cours pour certaines. Blanche est confiante et sort même faire la fête – mais là je pense que, franchement, on a pas été très prudents sourit-elle. Pour Carole, au contraire, l’isolement s’accentue : elle connaît des complications et se retrouve alitée dès le 15 juin, à 6 mois de grossesse – je ne peux plus aller à l’extérieur et l’extérieur a peur de venir à l’intérieur… Pourtant, son conjoint sort, lui. Il se rend tous les jours au travail et prend les transports en commun, mais ça ne l’inquiète pas trop – je sais qu’il fait attention. La sage-femme qui vient toutes les semaines lui permet tout de même de garder un lien avec l’extérieur – ça c’était un chouette contact, c’était un contact rassurant ! Ce rôle, Lucie a conscience de le tenir auprès des mères hospitalisées : Elles sont seules, elles ne peuvent pas avoir beaucoup de visites ; au final elles nous ont nous, mais on peut pas non plus rester trop longtemps. Une mère lui confie par exemple ses craintes à propos d’un potentiel déménagement et son impact sur sa vie de famille – je pense que le fait qu’elle puisse m’en faire part, dire qu’il y a toutes ces choses qui se passent pour elle, ça peut la soulager un petit peu émotionnellement aussi.
A l’hôpital justement, où les règles et mesures sont strictement appliquées, le virus se fait plus présent, plus visible. En juin 2020, l’état de Carole s’aggrave et elle se retrouve hospitalisée à Zurich, à plus de 200 km de son domicile, les hôpitaux plus proches étant pleins. Tout d’un coup, là, d’être confrontée au masque, je me disais « Là, bon, il y a quand même vraiment quelque chose qui se passe ». Mise d’office en quarantaine, les soignant·e·s n’entrent dans sa chambre qu’entièrement équipé·e·s – j’étais comme une pestiférée, se souvient-elle en riant. Lucie, la professionnelle, confirme cette impression – l’hôpital, c’est un peu un monde à part ces temps-ci : toutes les femmes sont dépistées, étape éprouvante pour les patientes comme pour les sages-femmes ; quand je devais faire les frottis aux patientes, elles me demandaient « Mais je fais quoi si… ? ». Enfin, c’est quand même une crainte qu’elles ont, avant le résultat, cette peur de voir ce « oui » écrit sur le test. La maternité est désormais divisée entre Unité Covid et Unité standard, nous explique Lucie : panneaux et chariots chargés d’équipements spécifiques ; surblouses, masques FFP2 et lunettes fleurissent dans l’unité Covid et des ascenseurs sont même réservés aux patientes Covid-positives.
Surtout, les règles sont plus strictes à l’hôpital. Les enfants, en particulier, n’y sont plus admis, ce qui pèse sur les mères hospitalisées à l’unité prénatale. Visiblement affectée, Lucie explique que les patientes insistaient pour voir leurs enfants – ça nous fendait le cœur de devoir dire : « Non, votre fils ça fait trois semaines que vous l’avez pas vu mais c’est les mêmes règles pour tout le monde ». Stéphanie qui vient d’accoucher de sa seconde petite fille confie avoir très mal vécu l’absence de visite de ses parents, mais surtout de notre grande : j’aurais aimé pouvoir préparer et soigner la première rencontre et avoir des photos de mes deux filles à la maternité ensemble ; sans parler de la culpabilité de ne pas pouvoir rassurer Nina, à qui on volait un peu la vedette. En principe, seuls les pères sont autorisés, et pas plus de deux heures par jour. Le conjoint de Carole – laquelle est hospitalisée à Zürich loin de chez elle – se voit ainsi contraint d’effectuer six heures de trajet aller-retour pour rester deux petites heures auprès d’elle. Le deuxième jour de son hospitalisation, sa mère et sa sœur l’accompagnent pour lui rendre visite, mais elles n’ont pas pu monter. En riant, Carole se rappelle tout de même qu’une collègue, venue à l’improviste, était parvenue à se faufiler discrètement jusqu’à sa chambre – tout d’un coup je la vois je lui dis : « Mais tu fais quoi là ? Mais t’as pas le droit ! ». Elle ne peut pourtant pas profiter pleinement du moment – c’était très touchant de la voir, mais ça m’a stressée aussi, c’est ça qui est fou, parce que je me disais : « Mais ouais, si tu te fais choper qu’est-ce qu’on risque, qu’est-ce qu’ils vont nous dire ? ».
Blanche a quant à elle droit à un traitement de faveur grâce à un personnel soignant moins regardant envers le protocole sanitaire, puisque les sages-femmes tolèrent que son conjoint reste la journée avec elle. En salle d’accouchement, elle a d’ailleurs pu enlever son masque, mais lorsque la sage-femme s’est approchée pour lui proposer quelques exercices de relaxation à condition de le remettre, Blanche a réagi fermement : Je lui fais comprendre qu’il ne fallait surtout pas mettre le masque, car pour moi le masque c’était vraiment pas la priorité. Ces réactions, Lucie les comprend – il faut faire preuve de bon sens ; on peut pas obliger une dame qui accouche à avoir son masque sur le nez ; il y a quand même des moments où c’est un peu plus difficile de le garder que quand on va faire nos courses ! Pour autant, la sage-femme reste consciente des risques : Je vais pas non plus dire à toutes les dames « Non mais c’est bon, enlevez votre masque, il n’y a pas de soucis ». Au moindre symptôme, elle se fait d’ailleurs dépister – c’est ma responsabilité personnelle, professionnelle aussi à quelque part. Un jour, raconte-t-elle, alors qu’elle accompagne une patiente sans symptôme mais dont le test a été perdu, celle-ci est saisie de contractions douloureuses et enlève son masque. Si elle comprend qu’après tout, respirer dans un masque pendant des heures quand on a mal, c’est compliqué, elle lui demande toutefois de le remettre, mais elle abdique lorsque la parturiente saisie d’une nouvelle contraction le retire à nouveau ; mais la dame a été finalement dépistée covid-positive, Lucie a dès lors décidé de se confiner par précaution, le temps d’une quarantaine.
Il est intéressant de relever que durant la période de grande transformation vécue par ces mères en temps de pandémie, si l’isolement relatif semble généralement plutôt mal vécu avant l’accouchement, il est au contraire bien accueilli par la suite. Blanche par exemple dit ainsi avoir profité pleinement des règles en vigueur à l’hôpital – j’ai pu être centrée sur moi-même et profiter de débuter mon rôle de maman seule, en intimité, et éviter d’avoir les gens qui viennent pour te donner des conseils quand t’as pas forcément envie d’en avoir sur le moment. Morgane, elle, était ravie d’avoir une excuse toute prête qui ne froisse personne – ça va déjà être compliqué de construire une nouvelle dynamique à quatre, alors si on peut se passer de la visite de la grande tante qui ne sait jamais quand partir, c’est bienvenu. Carole aussi s’est servie de la pandémie pour freiner ses proches : J’étais plutôt, ouais, pas contente qu’il y ait cette pandémie, mais contente qu’on puisse dire : « Non, mais attendez les gens, pas trop en même temps, et espacez aussi! ». L’argument vaut même au sein de son couple, tant, pour elle, le papa et la maman vivent différemment la grossesse, l’arrivée ; pour lui c’est un cadeau, il aurait ameuté tout le village ! Mais nous les femmes, on est raide, on n’en peut plus, on a besoin de plus de temps pour récupérer.
La pandémie semble avoir été vécue par ces récentes parturientes comme une période d’intimité encastrée dans un temps généralisé de crise, comme un moment d’exception au carré qui marquera sans doute leurs souvenirs et les récits à venir des tout-petits qui ne savent pas encore ce qui est arrivé ce printemps 2020.
De mars à mai 2021, entre confinement et enseignements à distance, une classe de master de l’UNIL en sociologie de la médecine et de la santé a mené onze enquêtes au plus près du quotidien d’une variété de métiers, de communautés, de milieux. Les paroles recueillies composent la trame d’expériences partagées et de vécus intimes des événements, une lecture plurielle de leurs existences au cœur de la pandémie.
Un projet accompagné par Francesco Panese et Noëllie Genre.
En 2020, au cœur du premier confinement lié à la pandémie COVID-19, le projet suisse Corona Citizen Science, mené en partenariat avec l’EPFL, l’IDIAP et l’UNIL a été lancé. L’objectif était d’appréhender les évolutions des perceptions de la population au fur et à mesure des différentes étapes (confinement et déconfinement de la première vague). Ce projet mixte, longitudinal et pluridisciplinaire comportait un volet qualitatif, composé de 60 entretiens semi-structurés menés entre le 20 avril et le 20 mai 2020. Dans cet article, nous nous focaliserons sur quelques résultats issus de l’analyse qualitative des entretiens.
Méthodologie des entretiens
Les personnes interviewé.e.s dans le cadre des entretiens ont été recruté.e.s sur base volontaire, à partir du fichier d’inscription issu de l’enquête en ligne. Les entretiens d’une durée moyenne de 45 minutes ont été mené par téléphone, ou visio (skype, whatsapp, Zoom). Un consentement oral a été obtenu de la part de tou.te.s les participant.e.s. Les 60 entretiens ont été retranscrits verbatim. Après transcription, une analyse thématique avec accord inter-juges a été effectuée.
Profils des interviewé.e.s
Sur les 60 personnes interviewées, 39 sont des femmes et 21 des hommes. L’âge moyen des participant.e.s est de 46 ans, la personne la plus jeune étant âgée de 24 ans et la plus âgée de 80. 75% d’entre eux vivent en couple (mariés ou non) et en appartement.
Principaux résultats
La pandémie de COVID-19 touche de nombreuses dimensions de notre vie et a entraîné de multiples impacts sur notre vie sociale, professionnelle, familiale, collective ou économique. Seuls trois thèmes de l’analyse seront présentés ici : 1. Difficultés et souffrance 2. Ressources mobilisées 3. Rapport à la durabilité.
Dans la quasi-totalité des discours recueillis, l’absence des interactions sociales et familiales est source de manque, de même que l’arrêt des activités culturelles ou sportives et l’interdiction de rencontres entre amis ou collègues en extérieur, ce qui a pu amener une certaine souffrance. Certaines personnes se sont retrouvé.e.s totalement isolée.e.s ou « coupées » de tous contacts physiques avec leur.s proche.s.
« C’est un peu délicat pour [1]moi parce que justement j’ai personne à qui parler avant, je voyais mes anciens collègues, je sortais plus facilement, j’allais faire des cours de golf (…) Le truc qui me manque le plus c’est le social…. C’est le restaurant, c’est les terrasses des cafés, c’est pour rencontrer mes amis et pour boire un verre, voilà aller au restaurant euh le soir, à midi manger avec ma maman » (homme_64ans_séparé_retraité)
« Nous avons eu effectivement des des manques VRAIMENT euh TRES TRES IMPORTANTS mais c’est c’est je pense c’est c’est pas facile euh mais je J’AIME le contact social euh je je souffre euh absolument du du manque de contact socialmais A TOUS NIVEAUX au niveau des proches et même au niveau d’autres gens que je côtoie (…)c’est la distanciation euh moi je souffre un petit peu de de de de la situation de ma maman qui est dans un dans un EMS et puis effectivement euh qui que je n’ai PLUS VU euh en chair et en os depuis depuis plusieurs mois maintenant tout euh tout ça de de ne pas pouvoir revoir mon petit-fils tout près moi non j’ai été j’ai été touché. (homme_56ans_marié_retraité)
« Ce qui m’a vraiment manqué dans cette période ce sont en fait trois choses donc les les contacts avec ma famille(…) et euh euh avec les amis euh aller aller à l’église ce qui n’était plus possible et aussi à c- aller au cinéma et à la cinémathèque [ces trois] choses principales (femme_73ans_veuve_retraitée)
L’exigence de distanciation protectrice et les autres gestes barrières, impliquent une distanciation sociale qui génère certaines inquiétudes.
«Mes deux parents sont ont plus de 65 [donc] je peux pas vraiment les voir, fin ça j’évite (…) ma mère a 65 ans et je crois que c’est son cœur qui est en hypertension.» (femme_25ans_en couple_microbiologie)
« Beaucoup disent ah il va falloir perdre nos habitudes, (…) ne plus serrer les mains et garder la distance etc… AH pour moi c’est quelque chose d’inconcevable je [suis très tact-] très tactile» (femme_42ans_séparée_commerce)
Près de la moitié des personnes interviewées font part d’un vécu difficile du confinement en lien avec leurs contextes de vie spécifiques. Ci-dessous quelques exemples.
Les personnes dont les activité(s) professionnelle(s) ont été suspendues, ont pu être plongées dans l’incertitude professionnelle, voire une certaine précarité. Par exemple, des étudiant.e.s, qui se sont retrouvé.e.s confiné.e.s à domicile pour cause de COVID déclaré et qui n’ont pu exercer leur.s activité.s rémunérée.s à l’heure. La maladie, le confinement et ce qu’ils ont engendré (peur d’être contagieux, précarité, etc.) a suscité beaucoup d’angoisse.
« J’ai attrapé le covid deux jours après l’annonce [du Conseil Fédéral en mars 2020] c’était un peu le choc (…) j’ai été en confinement total pendant plus de 2 semaines et sinon suite à ça j’ai moi j’ai continué à m’auto-confiner entre guillemets parce que oui c’était un petit peu traumatisant (…) ça a été assez compliqué parce que bon je suis étudiante et je vis euh je vis seule avec mon copain et bah du coup du jour au lendemain on a plus ou moins perdu notre emploi fin en tout cas on a pas reçu d’entrées euh financières (…) il y avait beaucoup de choses au final plus que l’angoisse de la maladie ou quoi que ce soit c’était vraiment le confinement qui était très pesant » (femme_24ans_en couple_étudiantes)
Les personnes, exerçant dans le domaine de la culture ou de l’événementiel, décrivent la « violence » de se retrouver du jour au lendemain à l’arrêt et d’être coupé.e.s des autres qu’elles côtoyaient dans leur quotidien.
« Ça a été très difficile au départ (…) une fois que la chose a été DIGEREE en fait bah effectivement on essaie de s’adapter et puis vivre autrement (…) [ça a pris] 2 à 3 semaines parce que moi je travaillais quand-même pratiquement des fois 6 jours sur 7 genre 10 heures par jour et puis là je me retrouve à plus rien faire (rire) j’ai l’impression que j’avais tout perdu en fait que on m’avait enlevé euh toute ma vie (…) ça a été violent puis FRUSTRANT dans le sens où bah (rire) on peut plus voir personne » (femme_32ans_en couple_culture_événementiel »
Les personnes ayant dû organiser l’école à la maison. Une dizaine de personnes dans notre échantillon ont dû s’improviser co-enseignant.e. Parmi elles, des mères, des pères mais aussi des membres de la famille comme des tantes par exemple. L’analyse de ces récits soulignent d’abord un fort investissement lors des premières semaines afin de permettre la poursuite de l’enseignement, fréquemment par le biais d’Internet. Cela passe pour certain.e.s par la création d’un compte mail, de nombreux échanges mails – what’sApp avec le corps enseignant et, pour d’autres, par un manque de suivi de la part des enseignant.e.s, ce qui, dans les deux cas a généré une grande incertitude.
« Ma première semaine de de semi-confinement bah c’était nager avec les nombreux mails WhatsApp des enseignants (…) Donc j’ai fait QUE ÇA pendant une semaine (…) Maintenant le le ras-le-bol il vient honnêtement des enfants, ils en peuvent plus quoi ils ils ont besoin de leurs copains ils ont besoin de leurs liberté de prendre le vélo d’aller à la place de jeu (…) et puis euh c’est euh qui souffrent le plus bah il n’y a pas qu’eux et ils ont euh ils étaient hyper agressifs l’un envers l’autre » (femme_48ans_mariée_enseignement)
« Je dois dire si je peux être un peu critique ils [les enseignants de son fils]sont TRES mal organisés fin on a vraiment l’impression qu’on leur donne du travail juste pour leur donner du travail mais il y a pas de ouais il y a pas la pédagogie derrière (…) en ce qui concerne mon fils donc lui est en un je dirais une période un peu importante il est en 4 P euh donc c’est beaucoup d’apprentissages euh (…)en gros en fait on se soucie pas de savoir si l’enfant a compris (…) Bha bah le prof ça devient un un peu le parent. (homme_38ans_marié_santé&sécurité)
Ces situations engendrent des tensions et de la culpabilité chez les parents qui oscillent entre la peur de mal faire et les craintes que leurs enfants prennent du retard à école.
Les personnes ayant perdu un.e proche. Plusieurs personnes ont relaté avoir perdu brutalement un.e proche qui se portait « bien » et qui en quelques jours est décédé.e. L’irruption de la mort et la rapidité avec laquelle cela s’est passé fait réfléchir à la fragilité de la condition humaine.
« Il y a eu des périodes fluctuantes où je me sentais fort concerné mais invincible puis des moments où j’ai eu peur, j’ai vraiment eu peur (…) je me suis dit mais au nom d’une pipe si ça arrive comme ça quand ça arrive bah c’est arrivé à P. je me dis mais on est on est RIEN (…) ce qui m’a vraiment peut-être surpris c’est quand-même euh euh c’est l’INTENSITE de la la VIOLENCE c’est c’est violent ce qui est arrivé et (…) (homme_56ans_marié_retraité)
Sur ce sujet, nous avons recueilli les témoignages de deux pasteurs qui attestent de cette brutalité et surtout du bouleversement des cérémonies ayant lieu en l’absence de la famille et de l’entourage. Selon eux, à long terme, la perturbation des rituels de deuil pourrait s’avérer délétères sur la santé mentale des individus.
« Quand on voit partir le corbillard avec le cercueil c’est des moments où habituellement les gens se se serrent les uns contre les autres pleurent se consolent se puis là tout le monde est à distance de de 2 mètres et puis après pas possibilité d’aller partager le verre de l’amitié qui est une manière de RENOUER avec avec un bout de vie euh euh non bah chacun part de son côté mais je sens que c’est vraiment euh AUTOUR de ces moments-là qu’il y a des choses DIFFICILES à vivre pour pour les familles (…) ce constat qu’on a TOUT FAIT pour protéger la santé des gens (…) mais à force de vouloir protéger des gens on a privé les gens de ce qui les fait vivre les relations et et là euh on a quelque chose à à quoi il faut être attentifs» (homme_63ans_marié_pasteur)
Malgré tout, des éléments positifs ressortent de cette période de semi-confinement du printemps 2020. La presque totalité des interviewé.e.s a pu ralentir son rythme de vie, souvent effréné et reconnaissent un effet bénéfique pour eux.
Certains ont (ré)appris à ne rien faire ou à s’adonner à des hobbies (lecture ou travaux d’entretien de la maison) :
« Avoir enfin le TEMPS même si en fait je ne fais pas grand-chose de mes journées mais au moins d’avoir le temps bah justement de ne rien faire c’est quelque chose que je ne sais plus du tout faire et du coup c’est assez salvateur » (femme_ 24ans_en couple_ étudiante)
De nombreuses personnes ont (re)-découvert les joies de la nature et des balades en forêt grâce à la météo du printemps 2020, clémente et ensoleillée (sorties en extérieur).
«Quand on imaginait une sortie on disait bah où est-ce qu’on va ? Au cinéma ? puis la forêt ça vient vraiment presque en dernier lieu (…) c’est vrai que ça ouvre d’autres horizons beaucoup plus simples je dirais beaucoup plus accessibles euh qui ne coutent rien euh le plaisir de se faire son sandwich et puis de le manger dans l’herbe voilà c’est vrai que c’est euh je pense que pour nos enfants bah c’est ouais c’est un bonheur.. Et c’est vrai bah que ce que j’en retiens à un niveau personnel ça serait euh la découverte de plaisirs simples » (homme_38 ans_marié_santé&sécurité)
Enfin, certain.e.s interviewé.e.s ont créée des « bulles » de contacts sociaux. Pour respecter à la fois les mesures et maintenir un lien social, des familles avec des enfants en bas-âge ont permis aux enfants de jouer ensemble et aux parents de ventiler leurs émotions.
Près de la moitié des personnes interviewées s’est mise à consommer local et à privilégier les commerces de proximité au détriment des grandes surfaces. On observe des prises de conscience et de la solidarité pour les agriculteurs et commerçants locaux :
«Bah typiquement, mes fruits et mes légumes, je vais chez le fermier à côté maintenant, je ne vais plus dans les grandes surfaces, j’essaie de prendre des trucs ici à côté.» (femme_32ans_en couple_culture_événementiel)
Le développement de formes de la mobilité douce (notamment le vélo) a été relevé. Si certains ont regretté les virées en France voisine, d’autres ont apprécié de repenser les formats de voyages pour le futur.
Notons que cette étude comporte également des limites. La plupart des personnes interrogées étaient issues d’un niveau socio-économique relativement élevé. Pour des personnes moins privilégiées, ce vécu a pu être plus difficile. Néanmoins, les résultats de l’enquête en ligne menées sur près de 7000 personnes tendent à confirmer nos résultats.
En conclusion, nous avons observé une grande disparité dans les vécus de la population interviewée. Après le choc de l’annonce, les interviewé·e·s ont fait preuve de résilience et d’ingéniosité en mettant en place des modes d’adaptation personnalisés au confinement.
[1] Les emphases en caractère gras ont été rajoutées par les auteures de l’article, alors que les majuscules respectent les changements d’intonation dans le discours des interviewé.e.s.
Angélick Schweizer est chargée de cours et première assistante en psychologie à Université de Lausanne. Après avoir obtenu sa thèse de doctorat intégrant une méthodologie mixte en psychologie de la santé, Angélick Schweizer a travaillé comme responsable de recherche à l’Institut Universitaire de Médecine sociale et Préventive (IUMSP) à Lausanne. Ses principaux domaines de recherche traitent de la relation médecin-patient.e, de l’intégration de la santé sexuelle dans les soins et, plus récemment, de l’impact du cancer sur les sexualités.
Fabienne Fasseur est Maître d’enseignement et de recherche en psychologie de la santé et en méthodologie de recherche qualitative. Enseignante aux niveaux Bachelor et master en psychologie à l’Université de Lausanne (Institut de psychologie), ses principaux axes de recherche concernant les vécus de la santé, dans le domaine de la prévention de l’apparition de pathologies acquises ou non, les expériences de maladies chroniques ou graves, l’utilisation des nouvelles technologies de la communication dans la santé, l’exploration des vécus en temps de pandémie CoViD19, entre autres.
Marie Santiago Delefosse, professeure ordinaire de psychologie de la santé. Directrice de l’équipe de recherche « Psychologie de la santé, critique et qualitative », ainsi que le Laboratoire Phase, Université de Lausanne, Suisse (www.unil.ch/phase). Elle conduit, entre autres, des recherches sur les approches méthodologiques depuis les années 2000, et a publié de nombreux articles et ouvrages sur cette question. Une de ses récentes recherches, « Critères de Qualité dans la Recherche Qualitative en Sciences de la Santé », a été financée par le Fonds National Suisse.
Article initialement publié le 22 avril 2021 dans Uniscope, le magazine du campus de l’Université de Lausanne.
Un colloque en ligne a rassemblé universitaires de diverses disciplines et spécialistes du deuil et de la prise en charge des dépouilles pour réfléchir au sens des rites dans notre société confrontée à une nouvelle visibilité de la mort.
La psychologue Muriel Katz et Christian Grosse, historien des christianismes modernes à l’Université de Lausanne, sont membres du comité d’organisation d’un colloque qui a interrogé les effets de la crise sanitaire sur le processus de deuil et les rites funéraires, vendredi 26 mars 2021. Une collaboration entre le Centre interdisciplinaire en histoire et sciences des religions de l’Université de Lausanne (CIHSR) et l’Institut de psychologie. « Nous avons fait le pari de réfléchir ensemble à un objet qui ne nous est pas extérieur ; nous sommes plongés dans une situation inédite, qui nous invite à faire un pas de côté pour prendre le temps d’une réflexion collective et interdisciplinaire », esquisse Muriel Katz.
Cette réflexion en prise directe sur l’actualité reste peu courante dans le milieu académique, mais elle semble s’être imposée à plusieurs intervenants issus de différentes institutions. L’omniprésence de la mort en temps de pandémie se double d’une difficulté, voire d’une impossibilité à déployer les rites habituels qui favorisent le processus de deuil. Des pratiques de mise à distance technologique sont-elles appelées à perdurer de manière pérenne au-delà de cette crise ? Le rassemblement collectif des proches, en un lieu précis et une heure donnée, sera-t-il bientôt remplacé par un recueillement individuel « à la carte » ?
Pour Christian Grosse et Muriel Katz, cette « crise sanitaire doublée d’une crise des rites funéraires » nous invite à penser l’ensemble de la séquence temporelle qui commence avant la mort (maladie, agonie, accompagnement spirituel ou laïque des mourants et des familles) et se clôt après le décès au terme d’un cycle plus ou moins long, qu’ils situent autour d’une année entière. Les étapes du deuil dans le judaïsme, par exemple, sont marquées par différents rituels espacés dans le temps, comme le souligne Muriel Katz, ce que confirme Christian Grosse concernant « l’ancien régime catholique ».
De manière plus générale, on peut dire que le processus de deuil questionne « l’articulation entre les dimensions psychiques individuelles, intersubjectives et anthropologiques », explique la psychologue. « Ce moment partagé permet non seulement de prendre congé du défunt, mais aussi d’identifier les plus affligés par la perte d’un proche pour leur témoigner notre sympathie et les accompagner dans cette douloureuse étape ; une forme de prise en charge sociale qui a été mise à mal par les mesures sanitaires », affirme-t-elle. Par exemple, la verrée qui fait habituellement suite au service funèbre est la plupart du temps supprimée. « Or l’acte de boire et de manger au terme d’une cérémonie funéraire constitue habituellement une façon de revenir au cycle de la vie… Il s’agit d’un temps de recomposition du corps familial et social dans la prise en compte – plutôt rare désormais – de la finitude humaine », précise Christian Grosse.
La mort autrefois ouvrait un autre cycle situé dans l’au-delà, relate le spécialiste, elle indiquait une transition et non une fin abrupte, tandis qu’aujourd’hui « la représentation du paradis a beaucoup reculé ». La violence de cette séparation, perçue comme définitive, exigerait de prolonger quelque peu le rituel « pour se redonner une certaine maîtrise sur la temporalité de la mort » ; or c’est exactement le contraire qui se produit avec la pandémie, ceci alors même que l’idée ou la réalité de la fin de vie occupe davantage les esprits. « Les rites font défaut et on n’arrive plus à suivre car il y a trop de morts », résume Christian Grosse. Ce dernier évoque par ailleurs des études relatant « un pic de burn-out documenté, qui touche les endeuillés un an après les décès ». Autant de pistes à explorer dans le prolongement de ce colloque.
Muriel Katz rappelle que la crémation (qui concerne aujourd’hui 90% des défunts) est elle-même un précipité de la séparation : elle accélère brutalement le processus de décomposition, alors que d’autres pratiques permettent au contraire de le ralentir en laissant le corps se décomposer naturellement ou même en lui faisant subir une forme d’embaumement. « Le judaïsme traditionnel exclut la crémation », précise-t-elle. Il en allait de même en catholicisme jusque dans les années 1960 car « le feu, c’est l’enfer, et il ne fallait pas s’y placer d’emblée », complète Christian Grosse. Tous deux insistent sur les questions culturelles et de croyances religieuses entourant la mort, aspects largement occultés quand celle-ci se mue presque en tabou. « Il aura fallu la violence de cette pandémie pour remettre la mort au milieu de notre société », constatent la psychologue et l’historien. Un retour brutal du refoulé, en somme, qu’il s’agit de comprendre à travers ce dialogue entre l’académie et la cité : une manière d’exercer au cœur de cette crise brûlante une tentative de « refroidissement de la pensée », selon l’expression de Christian Grosse, ou au moins « un pas de côté ».
Si la mort est souvent occultée dans nos sociétés industrialisées, elle a donc pris une place importante dans l’actualité de cette crise. « On a vu avec effarement les camions militaires transportant les innombrables cercueils en Italie, et on a vu également passer au premier plan plusieurs professions hier encore plus ou moins sous-estimées. Ces métiers ont été placés sous une tension extrême, que ce soient les personnels soignants ou les croque-morts, les employés en EMS ainsi que les résidents eux-mêmes, qui ont subi un abandon accru par la crise, sans oublier d’autres populations comme les proches aidants, les travailleurs de l’alimentation, ou encore les nettoyeurs… » souligne Muriel Katz.
Phénomène social total, cette pandémie restera comme un moment d’une surprenante longueur, où les tensions dans une société pourtant aisée se sont montrées au grand jour, et où le politique aura eu à conjuguer dans l’urgence des intérêts divers, ceux de l’économie et de la santé, des plus jeunes et des plus vieux, autant de cruels dilemmes qui nous ramènent au point de départ de cette rencontre interdisciplinaire, rappelé par Muriel Katz : « Nous voulions reprendre la réflexion entamée lors d’un colloque tenu en 2005 autour du devoir de sépulture à partir de la figure d’Antigone ».
Sur le même sujet // Conférence publique de la psychologue Emmanuelle Zech UC Louvain (Zoom sans inscription) jeudi 29 avril 2021 19h00 – 20h30
Muriel Katz est psychologue et Maître d’enseignement et de recherche au Laboratoire de recherche en psychologie dynamiques intra et inter-subjectives (LARPSYDIS) de l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne. Elle s’intéresse notamment aux questions de deuils collectifs et de mémoire collective.
Christian Grosse est historien des christianismes modernes et Professeur ordinaire à l’Institut d’histoire et anthropologie des religions (IHAR) et au Centre interdisciplinaire d’histoire et de sciences des religions (CIHSR) à l’Université de Lausanne.
Nadine Richon est journaliste à Uniscope.
Cet article présente l’auto-ethnographie[i] d’une expérience ayant eu lieu au mois d’octobre à Cusco (Pérou). Elle montre comment le coronavirus intervient aujourd’hui dans des événements privés tels que les mariages. Sans savoir si cette entité invisible circule parmi les invité·e·s, le soupçon de sa présence déclenche tout de même des mesures à prendre et façonne le déroulement de l’événement.
De retour à la maison, j’apprends que Talus, mon cousin, va enfin se marier. Le pauvre a attendu si longtemps ce moment. Prévu pour juillet, son mariage a été rapporté trois fois, car les mesures prises pour contenir la pandémie de coronavirus l’empêchait. L’état d’urgence imposé par le gouvernement péruvien (dès le 16 mars) et les mesures de biosécurité et de distanciation physique ne permettaient pas la célébration de tels événements. On a vu à la télévision par exemple, comment un couple de mariés a été emmené au poste de police pour ne pas avoir respecté ces mesures.
Talus attendait que les choses s’améliorent dans un pays qui a souffert de la présence du Covid-19, devenant le premier au monde en termes de taux de mortalité (1 000 décès par million d’habitants, Worldomètres, 10.08.20)[i]. Cusco – la « ville impériale » où habite Talus – la situation à Cusco n’allait pas mieux, dépassant les mille morts en ce mois d’octobre[ii]. Pour cette raison, ils ont dû reporter le mariage en août, lorsque Cusco a dû retourner en quarantaine, imposée par le gouvernement péruvien[iii]. Puis en octobre, Abancay – la ville où vit Francesca, la future épouse – a été mise en quarantaine. Il semblait donc que si quelqu’un s’opposait au mariage, c’était le coronavirus. Une cousine, qui devait se marier en avril, a décidé de reporter son mariage à cause de la pandémie, sans date pour le moment.
Contrairement à elle, Talus et Francesca ont annoncé à la famille que le mariage allait se faire, coûte que coûte, bien que les rassemblements familiaux de tout type soient interdits par le gouvernement péruvien. La nouvelle m’a pris par surprise, d’autant plus qu’Abancay reste encore en quarantaine, et les gens ne pouvait pas bouger (en théorie). Voulant témoigner de son amour, Talus a décidé d’aller à la rencontre de Francesca jeudi prochain, deux jours avant le mariage. On espère que la police ne contrôle pas l’acte « clandestin », à l’entrée ou à la sortie d’Abancay.
Le mariage a suscité une conversation entre les membres de la famille : ma mère, mon oncle, Franco – frère de Talus – et moi. Comment assurer la sécurité de l’événement ? Nous ne voulions pas que le coronavirus fasse partie des invité·e·s.
Nous commençons à prévoir les mesures sanitaires, sans trop contrarier les souhaits du couple. Bien sûr, la biosécurité d’abord, car nous avions surtout peur pour la grand-mère de 90 ans. Elle n’accorde guère d’importance au virus et reste peu habituée au monde de l’ère Covid-19.
J’avais proposé de fêter le mariage à Kaykay (salle d’événement dans la campagne appartenant à mon oncle). Il y a beaucoup d’espace à l’extérieur. Mais bon, Francesca voulait le faire à Cusco, regrette Franco (Franco, 07.10.20).
Il est vrai que ce lieu aurait été idéal pour limiter la présence de l’« invité invisible ». Pour des raisons logistiques, c’était plus facile de le faire à Cusco : le juge qui procède au mariage (juez de matrimonio) ne pouvait pas célébrer l’acte en dehors du district auquel il est attaché et le service des fleurs était déjà établi pour les amener dans le local de Cusco, à savoir le centre d’événement appartenant à ma famille. En raison de la pandémie, et depuis l’état d’urgence, il n’y a eu qu’un seul mariage dans ce centre. Ce mariage-là était particulier, avec des masques et distanciation physique, bien que ces gestes barrières n’étaient pas entièrement respectés. Franco s’en rappelle bien :
Imaginez que le juge a ôté son masque et a demandé au couple de le suivre, nous commente-t-il, surpris.
Il ne sait pas si c’était à la demande du juge ou des mariés. Franco, mon oncle et moi-même trouvons insensé de contourner ces mesures sanitaires.
En plus, il y avait moins d’un mètre de distance entre eux, ajoute-t-il (Franco, 07.10.20).
À ce moment-là, le microphone devient le sujet de discussion.
Pour moi, le gros problème est le micro. C’est une source de contagion, argumente Franco.
C’est logique. Le microphone capte la salive expulsée. Si nous partageons le microphone, il y a un risque de contagion si l’invité invisible est parmi nous.
On peut en mettre deux à disposition, puis les désinfecter, surtout celui utilisé par le juge. Et le couple en utilisera une autre, souligne Franco (Franco, 07.10.20)
On peut mettre du plexiglas pour séparer le juge du couple, ajoute mon oncle (Popi, 07.10.20).
On s’est enfin mis d’accord pour utiliser un microphone pour la famille du marié (notre famille) et un autre pour celle de la mariée. Ceci en tenant compte du fait que nous avions décidé de regrouper les invité·e·s par « noyaux familiaux ». Ces noyaux sont constitués de membres qui vivent ensemble, dans notre cas 10 personnes : ma mère, ma sœur, ma grand-mère, mon oncle, ma tante, mes quatre cousins et moi-même. Cela fait déjà trois noyaux : notre famille, celle de Francesca et Talus et sa future épouse. Toutefois, la question qui demeure est celle de son père : il vient de Lima, la capitale péruvienne qui abrite, depuis le début de la pandémie, le plus grand nombre de cas et de décès dus au Covid-19. On se demande s’il partagera la table de la famille de Francesca pour des raisons sanitaires. L’autre question concerne les deux témoins qui viennent de Cusco : allons-nous les mettre ensemble, ne vivant pas dans le même noyau familial ? L’idée est ainsi de séparer chacun par noyaux, y compris Liria – la sœur de Talus qui vit avec son mari et sa fillette dans la campagne.
C’est alors que Talus vient nous dire au revoir, avant son départ pour Abancay. Nous en profitons pour lui demander des détails du mariage.
Allez-vous danser le « Danube bleu » ? (Cristian, 07.10.20)
C’est une coutume péruvienne de danser cette pièce, non seulement le couple mais également entre les beaux-parents et entre ceux-ci et les mariés en guise d’alliance familiale.
Francesca dit que le bal est prévu comme d’habitude et qu’en l’absence de ma mère, Liria la remplacera, dit Talus après avoir consulté sa fiancée par téléphone (Talus, 07.10.20).
Par sécurité, je ne danserai pas, affirme catégoriquement mon oncle (Popi, 07.10.20).
Il rappelle le risque d’infection lors des réunions familiales. À ce propos, mon oncle se rappelle encore de la mort d’un de ses amis qui, de retour d’Allemagne, a rendu visite à sa famille et a infecté ses frères, décédés eux-aussi plus tard. Une tragédie familiale.
L’important est d’éviter la contagion et de faire ainsi une célébration sans regrets. Notre majeure préoccupation continue d’être ma grand-mère, qui semble se soucier davantage de bonnes manières que des manières d’éviter de contracter le Covid-19.
Si nous ne pouvons pas dire bonjour pourquoi faire le mariage ici ? Ça aurait été mieux à Abancay, a dit ma grand-mère l’autre jour (Josefa, 07.10.20).
Elle voulait au moins serrer la main des invité·e·s. Maintenant, c’est comme serrer la main du coronavirus et l’inviter à rester à la maison, une fois le mariage terminé.
Je suis avec ma grand-mère en attendant qu’elle soit prête pour la célébration. De peur qu’elle ne respecte pas la distance avec les invité·e·s et les marié·e·s, je préfère l’accompagner. Nous sommes descendu·e·s avec des masques, le mien est fait d’un tissu bleu assorti à mon costume. Il est une heure de l’après-midi, la cérémonie va bientôt commencer, comme prévu.
Dans la grande salle, on voit le marié masqué, très élégant. Peu à peu les invité·e·s arrivent, prenant place, séparés d’environ cinq mètres de deux côtés de la salle, le côté gauche (invité·e·s du marié) et le côté droit (invité·e·s de la mariée). Les salutations se font à distance. Les visages étant masqués, les émotions ne se laissent guère voir. La sœur de la mariée porte elle-aussi un masque, d’un tissu de la couleur de sa robe. Son chien porte aussi une robe de la même couleur pastel. Le masque de ma sœur est également assorti à sa robe. Ma mère, quant à elle, porte un masque noir avec des motifs brodés que je lui ai offert pour l’occasion. Je l’ai acheté dans un local qui vend différents produits (confitures, cafés, cocktails en bouteille, etc.), élaborés pour la plupart par des gens qui travaillaient auparavant dans le tourisme, activité arrêtée pour le moment[iv].
Franco enregistre l’événement, diffusé en direct via Zoom. C’est surtout une manière de partager le moment avec la mère de Talus aux États-Unis[v]. Il me demande de l’aider avec l’enregistrement, m’indiquant de me promener dans la salle en prenant différentes prises des participant·e·s. J’essaye de garder mes distances surtout avec les invité·e·s de Francesca. Or, je m’aperçois que cela n’est pas si facile, pas tant vis-à-vis des invité·e·s que des deux cameramen engagés par la mariée. Au moins, ils ont des masques et portent une protection faciale supplémentaire (face shields). Franco s’approche de moi et me dit d’enregistrer l’expression du marié quand sa fiancée arrive.
La mariée fait son entrée avec une grande grâce, accompagnée de son père. Je me focalise alors sur Talus. Mais, à vrai dire, je ne vois guère son expression faciale, couvert à moitié par son masque.
Les mariés sont désormais devant le juge qui accueille les participant·e·s. La cérémonie se déroule comme d’habitude, à l’exception de l’utilisation des masques par le juge et le reste des personnes présentes. Le juge et les mariés partagent le même microphone. Franco m’avoue à ce propos qu’il y a eu des problèmes techniques avec l’autre microphone. Les précautions prévues quelques jours auparavant à son sujet n’ont donc pas été de grande utilité.
… Et je les déclare mari et femme, le juge conclut la cérémonie (Juez, 10.10.20).
Embrassez-vous, crient certain·e·s.
Sans masques, ajoutent d’autres.
En ôtant leurs masques, les mariés s’embrassent. Les applaudissements s’en suivent. La mère et le père de Francesca s’approchent et offrent quelques mots et souhaits aux mariés, en utilisant le seul microphone à disposition que Franco tente de désinfecter en pulvérisant de l’alcool. Il le fait chaque fois que quelqu’un prend la parole, y compris lui-même, étant le maître de cérémonie. La sœur de Talus s’approche du couple, en gardant ses distances, dans le but de transmettre les paroles de sa mère via son téléphone portable. Elle regrette de ne pas être là aujourd’hui, en soulignant que son cœur est avec le couple malgré la distance.
Talus commence à chanter pour Francesca. Je reprends à nouveau l’enregistrement de l’événement en me focalisant sur le couple, tandis que Franco fait son travail de maître de cérémonie. Ma tranquillité s’évanouit quand je me souviens des cas de Covid-19 dans les églises à cause des chœurs. On dit qu’en chantant ou en criant, la distance de propagation du virus augmente. Ainsi, j’essaie de me protéger en calculant la trajectoire possible des gouttelettes émises par Talus. Le chant fini, les mariés prennent la piste de danse. C’est le tour des mariés de danser avec leurs beaux-parents, coutume oblige. Bien sûr, comme prévu, la mariée ne danse pas avec son beau-père. À la place, il danse avec son épouse. Les parents de Francesca font de même et les accompagnent en gardant la distance, ayant toute la piste pour eux seuls.
En attendant le déjeuner, Franco nous invite à prendre place, chacun·e assis·e avec les membres de son noyau familial, du côté gauche la famille de Talus, et du côté droit celle de Francesca. Les jeunes mariés ont une table pour eux seuls (au Pérou, la coutume veut que les mariés partagent leur table avec les témoins). Leur table est plus proche de la table familiale de Francesca et le couple ne soucie guère des distances entre eux. De toutes façons, Talus a partagé des moments avec la famille de Francesca ces derniers jours, sans distances (sans oublier qu’il est allé chercher Francesca, sa mère et sa sœur en voiture). Du côté de notre famille, nous nous sommes distribué·e·s sur trois tables : ma mère, ma sœur, ma grand-mère et moi ; mon oncle et sa famille ; et Liria, son époux et sa fille. À table, tout le monde ôte les masques.
Les photographes poursuivent leur travail en prenant des clichés des mariés avec les invité·e·s. Le couple ne porte plus de masque, sûrement pour se voir intégralement sur les photos. La famille de Francesca enlève également leurs masques, probablement pour la même raison et pour simuler une situation « normale » pré-Covid-19. Mes cousins font de même. Mon oncle invite ma grand-mère à se prendre en photo mais en gardant son masque. Dans ces moments, la distance était minime. Plus tard, lors du repas, les mariés se prennent en photo à chaque table.
Voulez-vous que l’on porte les masques ? demande gentiment Talus avant de se rendre à notre table (Talus, 10.10.20).
Ne vous inquiétez pas. Nous mettrons les nôtres, réponds-je (Cristian, 10.10.20).
On le fait par précaution, on ne sait pas si l’invité invisible est là. Il aurait été encore plus prudent pour tout le monde de porter des masques, à en croire les scientifiques, car son port réduit le risque de transmission virale.
Hormis le microphone et l’usage strict de masques à certains moments, l’événement se déroule, avec les mesures de biosécurité et la distance entre invité·e·s prévues quelques jours avant. Cependant, au fil des heures, cette distance se raréfie. À certaines occasions, mon oncle allait de l’autre côté de la salle pour parler avec l’un des témoins, qui était en fait un ami d’enfance.
Un vidéo-montage préparé par Franco est diffusé. Il s’agit des salutations et vœux de la part des personnes proches des mariées, plusieurs étaient invité·e·s à la cérémonie, mais n’ont pas pu s’y rendre à cause du coronavirus et des mesures gouvernementales. Après la vidéo et la fin du repas, nous commençons à danser. Chaque famille bouge à côté de sa table. Toutefois, au fil des heures, les distances diminuent. Les invités se rendent sur la piste de danse en gardant relativement leurs distances. Le père de Francesca invite ma sœur à danser. Elle accepte mais avant remet son masque (nous avions ôté nos masques quand on était à table). Ma sœur danse ainsi en évitant son partenaire qui tente de s’approcher.
Il semble que tu aimes bien la distance, dit-il en rigolant (Carlos, 10.10.20).
Vers 18h00, la famille de Francesca s’apprête à partir. Nous nous disons au revoir à distance mais de façon fraternelle, en remerciant du moment convivial passé malgré la situation. Les mariés quittent aussi la salle. La fête est terminée.
Depuis mon retour au Pérou en février, c’est le premier grand événement auquel j’ai pu assister. Ce fut une expérience particulière dans le contexte actuel face à cette entité invisible qui peut errer tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des foyers, parfois sans le savoir ou l’apprendre quelques jours plus tard. Justement, après le mariage, nous attendions à voir si nous avions accueilli l’hôte clandestin. Personne n’a de symptômes jusque là. À vrai dire, mon oncle éternuait le lendemain, mais nous avons compris quelques jours plus tard que c’était juste un rhume.
Face à cette entité invisible, on n’est jamais complètement à l’abri. Des événements tels que les mariages et des réunions familiales sont aujourd’hui une source de contagion ici, en Europe, et sûrement ailleurs. Il est en effet plus facile de baisser la garde avec des proches, surtout avec celles et ceux avec qui l’on cohabite. Il est difficile de maintenir une distance physique et émotionnelle, sans câlins ni baisers.
Je pense qu’organiser ce type d’événements en ce moment peut contribuer à accroître le nombre de cas de Covid-19. Cependant, à voir les nouvelles, les réseaux sociaux des ami·e·s et leurs commentaires, plusieurs semblent s’accorder certaines exceptions à promouvoir les gestes barrières. Toujours est-il, il est parfois difficile à juger l’acte de deux êtres qui s’aiment et veulent partager leur joie avec des proches.
Heureux les mariés. Et nous heureusement sans coronavirus !
[i] Pour plus de détails sur l’auto-ethnographie, voir Sikes, P. (Éd.). (2013). Autoethnography. Vol. I-IV. Los Angeles: SAGE Publications ; Terry, C. (2019). Tisser la valeur au quotidien. Une cartographie de l’interaction entre humains et textiles andins dans la région de Cusco à l’heure du tourisme du XXIe siècle (Thèse de doctorat, Université de Lausanne). Université de Lausanne, Lausanne, pp. 86-90. https://serval.unil.ch/notice/serval:BIB_61191E671028.
[i] https://www.worldometers.info/coronavirus/.
[ii] http://www.diresacusco.gob.pe/new/archivos/date/2020/10.
[iii] Depuis le mois de juillet, le gouvernement péruvien a imposé une « quarantaine focalisée » (cuarentena focalizada) dans certaines régions. S’il s’agit d’une notion de santé publique, elle est aussi employée par la population et le gouvernement. Ce dernier utilise aussi le terme de « immobilisation sociale obligatoire » (inmobilización social obligatoria).
[iv] À ce propos voir https://covies20.com/2020/06/15/en-voyage-a-deux-pas-de-chez-soi-balade-dun-touriste-clandestin-a-cusco/. On prévoit une reprise progressive du tourisme dès novembre, avec la réouverture du Machu Picchu.
[v] Si des vols avec six pays ont repris depuis le 5 octobre (Bolivie, Chili, Colombie, Équateur, Panama et Uruguay), les États-Unis ne figurent pas sur cette liste (ajouté vers la fin octobre).
Cristian Terry est titulaire d’un Master en études du développement du Graduate Institute (Genève) et d’un doctorat en sciences sociales de l’Université de Lausanne. Ses études de terrain portent sur la dynamique et les effets du tourisme dans la région de Cusco. Il mène actuellement des recherches ethnographiques sur la pandémie du COVID-19, son évolution et ses effets au Pérou.
]]>Appliquer une perspective de parcours de vie pour comprendre les effets de COVID-19.
Quelles sont les grandes questions pour l’avenir ?
Il est désormais évident que la pandémie de COVID-19 a eu et continuera d’avoir des effets de grande ampleur sur la société. Les chercheur·es de tous les domaines ont travaillé à l’étude et à la compréhension de ses implications, mais ce n’est que le début. Dans un article de Richard A. Settersten Jr. (Oregon State University), Laura Bernardi (Université de Lausanne), Juho Härkönen (Institut universitaire européen et Université de Stockholm) et 15 autres collègues, ils et elles expliquent comment une perspective de parcours de vie peut contribuer de manière importante à la compréhension des effets de la pandémie COVID-19 sur les individus, les familles et les populations.
Dans cette première phase, de nombreuses questions sont soulevées qui devront être explorées et auxquelles il faudra répondre dans les années à venir. Il sera particulièrement important d’identifier et de suivre les effets à long terme et de se concentrer à la fois sur ceux de l’infection (being infected) par le virus et sur les conséquences économiques et sociales de la pandémie (being affected).
La contribution est une traduction en français du digest : https://population-europe.eu/pop-digest/applying-life-course-perspective-understand-effects-covid-19
Settersten Jr., R. A., Bernardi, L., Härkönen, J., et al. (2020). Understanding the Effects of COVID-19 Through a Life Course Lens. Advances in Life Course Research. Available online: https://doi.org/10.1016/j.alcr.2020.100360
Laura Bernardi est professeure de démographie et sociologie des parcours de vie à l’Université de Lausanne et responsable de projets dans le centre de recherche LIVES. Elle est également membre du conseil national de la recherche du fond national de la recherche scientifique suisse et du conseil scientifique de FORS – le Centre de compétences suisse en sciences sociales. Elle étudie l’évolution des familles et des parcours de vie dans leur fascinante complexité et diversité.
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