Opinion – Viral https://wp.unil.ch/viral Les multiples vies du COVID-19 Tue, 16 Jun 2020 13:35:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.3.2 Le Corona défie la culture helvétique des catastrophes https://wp.unil.ch/viral/le-corona-defie-la-culture-helvetique-des-catastrophes/ Tue, 16 Jun 2020 05:00:00 +0000 http://wp.unil.ch/viral/?p=1233 Par Peter Utz

La culture des catastrophes de la Suisse n’est calibrée que par les risques naturels alpins. C’est pourquoi elle a été si peu préparée à affronter le Corona.

Une version allemande de cet article est parue le 9 juin 2020 dans la version online du magazine « Die Republik » 

Nous sommes toujours ceux qui s’en sortent. Il en a été ainsi pendant des siècles : la Suisse est restée la spectatrice ménagée par les grands désastres mondiaux. Les catastrophes étaient celles des autres. En même temps, elle a trouvé son identité à travers la gestion de ses propres risques naturels. Au XIXe siècle, la Suisse ne s’est pas seulement transformée en un État moderne en se donnant sa structure politique particulière et en se forgeant une histoire commune. Elle s’est également inventée en tant que nation à travers les dangers qui la menacent depuis les sommets. Les Alpes, érigées en « massif central » de l’identité fédérale, vers lequel on peut lever les yeux de tous les côtés, sont également la source de catastrophes potentielles. Il faut les affronter dans un effort commun. Ainsi, les glissements de terrain, les avalanches et les inondations font partie de la culture des catastrophes en Suisse, depuis plus de deux cents ans. C’est dans les combats sur ce front intérieur que la Suisse peut se sentir toujours à nouveau comme une « communauté de destin ». En surmontant un cataclysme, elle peut s’affirmer comme une « nation de la volonté ». Par contre, une implication dans les conflits européens menacerait la cohésion interne de la Suisse multiculturelle. Elle préfère donc se replier sur « Notre point de vue suisse », comme l’a défini Carl Spitteler dans son célèbre discours de 1914. Ce point de vue, c’est celui du spectateur qui contemple au théâtre les tragédies qui se jouent sur la scène mondiale. Dans la même logique, le journaliste romand Pierre Béguin parle en 1951 du « balcon sur l’Europe » pour désigner la position de la Suisse face à la Seconde Guerre mondiale. 

Bien sûr, il est toujours préférable d’être spectateur, dans cette répartition des rôles que les catastrophes familières nous attribuent. Quand les montagnes glissent ou les rivières débordent, il y a les victimes innocentes, les sauveteurs héroïques et les spectateurs qui témoignent à la fois de leur empathie et de leur admiration. En général, ces spectateurs ne se trouvent pas directement sur place lorsqu’un glissement de terrain ou une avalanche frappe des innocents, mais ils prennent part à la catastrophe par des récits et des images. Ce sont ces représentations qui suscitent la solidarité et les dons matériels. Lors de la première grande catastrophe du XIXe siècle en Suisse, l’éboulement de Goldau en 1806, un peintre a été chargé de produire des images « officielles » de la catastrophe qui, par la suite, ont été montrées et vendues dans le cadre d’une première campagne de collecte nationale. 

Cet exemple démontre qu’une catastrophe doit devenir image ou récit pour toucher toute une nation, pour lui servir de noyau identitaire. Ainsi, faire face à une catastrophe peut devenir un rituel d’auto-assurance, et ainsi, elle peut être intégrée dans la mémoire collective. On se souvient encore comment, lorsqu’une coulée de boue a tué treize personnes et détruit dix maisons dans le village valaisan de Gondo en octobre 2000, les dons avaient afflué. Et lors d’un sondage effectué six mois après la catastrophe, une majorité des citoyens de Suisse romande interrogés avaient déclaré que c’était lors de cet événement-là qu’ils s’étaient sentis « suisses » pour la dernière fois. De la sorte, la Suisse peut se reconnaître dans sa culture des catastrophes – et en obtenir une reconnaissance internationale. Depuis 2018, la « gestion du danger d’avalanches » figure sur la liste du « patrimoine culturel immatériel » de l’UNESCO.

La gestion des catastrophes fait donc partie de l’ADN helvétique. Néanmoins, celui-ci ne semble pas être prêt à faire face au nouveau virus. Malgré toutes les expériences acquises, la crise actuelle a surpris la Suisse. Bien sûr, elle n’était pas la seule nation qui s’en est trouvée déstabilisée. Mais notre insécurité peut s’expliquer par le fait que nos modèles de perception, de représentation et d’interprétation des catastrophes, établis de longue date, ne nous permettent pas d’intégrer la pandémie. Cela commence par notre propre rôle, qui ne peut être clairement défini. Certes, le soir, nous sommes sortis sur nos balcons, en tant que spectateurs qui applaudissent. Par cela, nous avons non seulement voulu soutenir ces « héros » qui, selon l’attribution traditionnelle des rôles, prennent notre place sur le front de la catastrophe. En les applaudissant, nous essayons également de nous réfugier dans le rôle du spectateur qui a si souvent fait ses preuves. Mais avec le Corona, nous sommes tous des victimes potentielles et peut-être même des complices de la transmission du virus. Le point de vue du spectateur innocent n’existe plus. La Suisse dans son ensemble ne peut le revendiquer pour elle-même, car la pandémie, devenue universelle, ne s’arrête pas aux frontières nationales, quels que soient les efforts déployés pour verrouiller celles-ci.

Il n’y plus de spectateur, et il n’y a plus rien à voir. Une autre difficulté que pose la pandémie à notre perception des catastrophes est qu’elle n’est pas facile à visualiser. Le virus est invisible, même si son image d’une étrange splendeur s’élève chaque soir dans le ciel du téléjournal telle une étoile de Noël mutante. Le flot d’images auquel nous nous exposons tous les jours sur tous les canaux ne permet de cerner que des phénomènes périphériques de la pandémie ; en son centre, ce flot visuel est aussi vide que les rues des métropoles durant le confinement. Dans son noyau viral, cette catastrophe n’est pas perceptible pour nous, ce qui la rend d’autant plus inquiétante.

En outre, elle dépasse la dimension temporelle de notre expérience traditionnelle des catastrophes ; elle n’est pas un « événement ». Une inondation ou un éboulement divise le temps en un « avant » et un « après », tout comme les anciennes représentations des catastrophes les confrontaient parfois en images les unes avec les autres. Dans les représentations traditionnelles, cette rupture du temps est ensuite comblée par les récits ; après le choc de la catastrophe, ils remettent le temps en marche. La logique temporelle de la pandémie actuelle, en revanche, ne nous est pas encore connue ; dans un reportage télévisé américain, un témoin a déclaré qu’il avait l’impression de se trouver au milieu d’un glissement de terrain énormément ralenti. Cela montre la difficulté de traduire la nouvelle expérience en une logique temporelle ancienne et familière. Celle-ci aurait permis d’intégrer l’événement catastrophique dans nos agendas et dans nos biographies. Mais la dénomination même devient incertaine : s’agit-il d’une « catastrophe » ponctuelle ou d’une « crise » persistante ? En tout cas, la pandémie ne nous donne pas de date fixe comme pour un « 11 septembre », et personne ne peut dire aujourd’hui quand son « après » commencera véritablement. 

Même dans une perspective historique à long terme, la situation actuelle ne fait pas référence à des événements passés sur lesquels nous pourrions nous appuyer pour y faire face. Dans notre société, les dangers restent présents s’ils se manifestent par des catastrophes au moins une fois par génération. Les images, les témoignages littéraires, les films, mais également la tradition orale maintiennent le souvenir vivant, l’inscrivent dans la mémoire collective. C’est le cas notamment des inondations qui ont à plusieurs reprises motivé d’énormes efforts dans le domaine de l’ingénierie hydraulique en Suisse depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours – la troisième correction du Rhône, par exemple, est actuellement en cours. Et les avalanches sont depuis longtemps devenues culturellement indigènes, voire familières. 

En revanche, nous restons aveugles à d’autres catégories de catastrophes. Les tremblements de terre, qui constituent le plus grave risque naturel pour la Suisse actuelle, n’ont pas trouvé de place dans notre conscience culturelle comme c’est le cas par exemple au Japon. Car dans notre pays, la fréquence des tremblements de terre est trop faible. C’est pourquoi ils ne sont pas pris suffisamment en compte dans la prévention. Même le système des assurances, pourtant bien développé en Suisse, ne l’a pas intégré ; la majorité des habitations suisses ne sont pas assurées contre les tremblements de terre. De même, les pandémies nous sont également « étrangères » dans tous les sens du terme. Bien qu’elles aient occupé une place importante dans les scénarios de risques élaborés lors des dernières décennies, des mesures préventives n’ont pas été mises en œuvre. Le manque de références culturelles dans la gestion de ce danger en Suisse explique en partie pourquoi le pays a été pris au dépourvu. Aucune digue et aucun paravalanche n’a été élevé contre le Corona.

Démuni et impuissant face à ce présent déconcertant, on a cherché à s’orienter dans le passé, dans l’expérience culturelle et historique de la Suisse. A cent ans de distance nous y trouvons la « grippe espagnole » de 1918. Elle n’est cependant jamais devenue une référence historique et culturelle. Car elle a coïncidé non seulement avec la fin de la Première Guerre mondiale, mais aussi avec la grève générale de novembre 1918 qui a subitement révélé les conflits sociaux en Suisse. De plus, la vague de grippe a encore été aggravée par le déploiement des troupes contre les grévistes. Ce ne fut pas un chapitre glorieux de la gestion d’une catastrophe, mais un désastre politique et social. Raison de plus pour oublier au plus vite cet événement désintégrateur, qui n’a donc été que rarement représenté.

Néanmoins, la vague de grippe de 1918 avait révélé des tensions et des inégalités sociales, tout comme chaque catastrophe peut mettre en lumière, au sens ancien de l’Apocalypse, les tensions et les contradictions internes d’une société. C’est également le cas aujourd’hui, avec d’autres prémisses. Que les « héros » de la pandémie veuillent non seulement être applaudis, mais également être mieux récompensés matériellement, n’est que la première ligne de l’énorme facture sociale que le virus nous présente. Contre toutes les inégalités qui éclatent aujourd’hui, on invoque, comme toujours dans de tels moments, la « solidarité ». La « Chaîne du bonheur » est immédiatement mobilisée. Un rituel qui a fait ses preuves. Mais la fièvre patriotique qui en découle traditionnellement ne veut pas monter. Cette chaîne de transmission semble quelque peu grippée. En effet, la convergence vers la « solidarité » nationale que les catastrophes naturelles ont traditionnellement produit est désormais bloquée. Au sens le plus physique du terme, on ne peut pas « serrer les rangs » sous un régime de « distanciation sociale ». À cet égard encore, le Corona remet fondamentalement en question la culture helvétique des catastrophes. Car dans l’intérêt de tous, l’État doit désormais interdire les rituels intégrateurs par lesquels la société a pu se définir comme un tout.

Peter Utz a été professeur de littérature allemande moderne à l’Université de Lausanne de 1987 à 2019. Spécialiste des littératures suisses, de Robert Walser et de traduction littéraire, il est l’auteur de « Culture de la catastrophe. Les littératures suisses face aux cataclysmes », paru en 2017 aux Editions Zoé (traduction de Marion Graf)

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The Corona crisis from a gender perspective: Opening up a debate https://wp.unil.ch/viral/the-corona-crisis-from-a-gender-perspective-opening-up-a-debate/ Thu, 28 May 2020 06:00:00 +0000 http://wp.unil.ch/viral/?p=1044 Par la Société Suisse en études genre

COVID-19 has strongly gendered effects. This entry offers an overview of some of these effects and their possible short- and long-term consequences. This overview is far from being exhaustive, but rather serves as a starting point for a broader debate among a diverse audience and as a plea for research into the issues raised here.

1. The need for an intersectional perspective on the gendered consequences of the pandemic

The gendered consequences of the pandemic need to be addressed through an intersectional perspective, analysing how gender intersects with other categories, like social class, sexuality, race, migration and ethnicity. The situation of women – but also of men and non-binary people – and hence how they are affected by the pandemic are a result of this intersectionality. Furthermore, arguing that gender is performed and not just a given, we might ask how gender is configured in new ways as a result of the pandemic.

2. Gender equality under strain and/or opening up spaces for new gender configurations

The pandemic has the potential to reinforce traditional gendered patterns that go against gender equality. There are indications (see below) that the (partial) progress Switzerland and other countries have made regarding gender equality is currently under strain. At the same time, the pandemic has the potential to make life-sustaining work and professions that are mostly carried out by women more visible. Furthermore, this crisis might also open up new spaces for negations and transformations of gender issues. We here make a plea for detailed research into these – apparently contradictory – dynamics, as these transformations will most probably have long-term effects.

3. Gendered labour markets/work arrangements and likely consequences

In many parts of the world, including Switzerland, women are often in a more precarious economic situation: they are statistically overrepresented in lesser paid, insecure, informal, atypical (work on demand, part-time employment) or unpaid work. They save less and are more likely to be employed in the informal sector (e.g. domestic work) and in sectors not covered by collective agreements. They have less access to social benefits and are the majority of single-parent households. Women are also overrepresented in low-paid or unpaid work in the care, retail, and cleaning sectors, where a significant amount of overtime is currently being worked.

  • It is therefore of the utmost importance to consider the gendered implications of pandemic-related economic-compensation strategies. Economic-compensation strategies must take into account the economic value of these feminised fields of work and non-paid labour. Strategies need to be developed that support this non- and lesser paid work and the women who, because of the crisis, risk falling into poverty or financial dependence.
  • The pandemic has been a turning point in the valuation of women’s labour, at least in terms of symbolic recognition. As the pandemic is clearly demonstrating, feminised areas of work – nursing, caring, retail – are crucial to the functioning of society: the recently introduced German-language term « Systemrelevante Berufe » (“system-relevant workers”, i.e. key or essential workers) illustrates this tendency. As well, workers in these jobs are at a disproportionally high risk of infection. Visions need to be developed for how society can better recognise these workers’ importance economically, and not just symbolically: salaries in these fields do not correspond to their social importance and need to be increased.
  • We see a need for a detailed analysis of the situation across economic sectors and employment statuses.

4. Impact of the pandemic on gendered family and household arrangements

The pandemic undoubtedly has an effect on gendered family and household arrangements. During (soft or hard) lockdowns, such arrangements need to be renegotiated, particularly if children are involved. The crisis seems to have reinforced traditional unequal gendered patterns. At the same time, however, there are also indications that new, less gendered and less unequal arrangements could emerge from this crisis. We recommend studies on these issues, as these changes might be long lasting.

  • There is a risk that the breadwinner model is currently being reinforced: in a crisis situation, established gendered representations can gain ground, as we know from all over the world.
  • There appears to be a feminisation of responsibilities in home-office situations: home-schooling responsibilities might fall more often on mothers than fathers, which in turn reinforces the pressure on women to put aside their professional careers, particularly because the “normal structures” – like crèches and schools – are closed, and in some cases because grandparents were part of the family arrangements.
  • “Unconventional” relationships and family models are under pressure. These relationships and models are often not recognised or addressed, and it is difficult to implement the Federal Office of Public Health’s (FOPH) guidelines in regard to them (divorced couples, patchwork families, multi-local and transnational families, polyamory, single households, queer families).
  • The return to work for everybody will require reliable public childcare, which is currently underfunded.
  • These factors have several consequences. In academia, for example, mothers might be disadvantaged in the long term – in terms of publications, research-project submissions and so on – if they are spending more of their time on childcare and home schooling during the crisis than their male colleagues.

5. Gendered effects on public representation and power

There is significant evidence that in times of crisis political solutions are based less on participation than on strong leadership and executive power. That goes together with the tendency to rely on technical expertise, which, as we are currently witnessing, is mostly dominated by mainstream male experts. The pandemic risks reinforcing the unequal distribution of power between men and women.

  • Measures are needed to reinforce the integration of the knowledge, experiences and expertise of women and other marginalised groups in political and social organisations, as well as in the media and other public realms.

6. A specific focus on migrant workers as particularly vulnerable

Across the globe, including in Switzerland, many migrant women work as informal care or domestic workers, but also in many other fields. As a result, they are at higher risk of infection (as it is difficult to implement social-distancing measures in these fields), but also of economic vulnerability. Here is a partial list of especially vulnerable sectors:

  • Sex workers: this sector includes a large number of (sometimes illegalised) migrant women. These individuals are particularly vulnerable to the pandemic, in terms of both infection and economic vulnerability (as they often do not have access to social benefits).
  • Illegalised (female) migrant workers: measures are needed to grant migrant workers access to social benefits. Portugal has legalised undocumented migrants during the pandemic for this reason (and Italy is considering doing so); there might be other solutions.
  • Many people have been pushed into unemployment, as a result of which they need to apply for welfare support or become indebted. These financial and social effects can have concrete legal consequences for (women) migrants. Their residence permits and naturalisation applications are often dependent on their being employed, and they may not be able to continue sending remittances to their families.
  • Attempts to reach affected migrant women have to be strengthened. For example, information should be distributed in several languages and through an array of media and multiplicators, help desks, consultations and so on. As well, existing organisations such as victim-support services, migrant/asylum health centres and specialised NGOs should be strengthened and diversified.
  • There is a need to transnationally address the effects of current care chains. Care workers are lured from their home countries in the East and South, where the shortage of care workers might be felt especially acutely during the pandemic.

7. Effects on LGBTI people

Lesbian, gay, bisexual, trans and intersex (LGBTI) people may be particularly vulnerable during the COVID-19 pandemic: these individuals regularly experience stigma and discrimination in health services, creating disparities in access, quality and availability of healthcare. Young LGBTI people who experience violence and rejection in their families might suffer especially under the current lockdown. Those with compromised immune systems, including some individuals with HIV/AIDS, face a greater risk from COVID-19.

8. Increase in gender-based violence

Domestic violence has increased worldwide during the pandemic. The lockdown requires people to stay at home to protect themselves and others from the virus. However, it is precisely this protective measure that increases the risk of domestic violence, the majority of which affects women and children. Attempts to address this issue need to take women in the asylum system into account as well.

9. Migration, nationalism and border closures

Border closures in Europe jeopardise the lives of the most vulnerable, including migrants who find themselves unable to return to the countries where they are supposed to study, work or care for their families, which can increase their economic vulnerability significantly. As well, migrants who are locked down in their host countries may be deprived of income they need to support their families abroad. Many of these migrants are women.

We are witnessing a strong culturalisation and racialisation of the pandemic. Most obviously, the virus is sometimes framed as “foreign”. But culturalisation is also occurring when high fatality rates (often unsoundly calculated) in risk areas are presented as resulting from differences in “culture” (instead of socio-economic conditions and the ability to conduct proper social distancing, for example). Such racialisation, often based on gendered cultural stereotypes, can result in explicit racism, which is often gendered. These trends have been reported for many parts of the world, and they deserve to be studied in detail.

Article initialement publié en mai 2020 sur Gender Campus

The Swiss Association for Gender Studies (SAGS) is a scientific organization. Its aim is to promote gender studies in Switzerland and to represent its interests in Swiss higher education.

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Une anticipation qui soigne https://wp.unil.ch/viral/une-anticipation-qui-soigne/ Wed, 20 May 2020 06:00:00 +0000 http://wp.unil.ch/viral/?p=1058 Par Francesca Bosisio

L’épidémie de Covid-19 en cours montre à quel point la santé est un « fait social total » qui doit être appréhendé à plusieurs niveaux. Dans ce contexte, « anticiper » s’est révélé une manière de « prendre soin » non seulement des personnes les plus vulnérables, mais également de leurs proches, du personnel soignant et médical, et du système de santé lui-même. 

 Anticiper pour soigner 

 Durant l’épidémie de Covid-19, l’anticipation a été la pierre angulaire du dispositif de soin cantonal et national de réponse à l’urgence socio-sanitaire créée par le virus. Au niveau du macrosystème des soins (le terme est utilisé ici au sens de Mohr & Batalden 2002), anticiper et prévenir la surcharge des infrastructures et l’épuisement des médecins et des soignants a permis non seulement de prendre soin des personnes les plus vulnérables, de leurs proches, du personnel soignant et médical, mais aussi du système de santé lui-même afin que nous puissions continuer à en bénéficier et ainsi à pouvoir prendre soin de nous et des autres. Au niveau du microsystème des soins, l’anticipation s’est traduite par la volonté d’étoffer l’éventail d’options thérapeutiques disponibles à l’extérieur de l’hôpital et d’encourager les personnes les plus à risque de développer des complications à réfléchir, à l’avance, aux soins qu’elles souhaiteraient recevoir si elles devenaient incapables de décider par elles-mêmes en raison de la détérioration de leur état de santé. C’est cette deuxième anticipation que je souhaite discuter dans le but de démontrer quelles sont les conditions d’une anticipation qui soigne. La pandémie constitue dans ce contexte une loupe qui nous permet d’observer des phénomènes moins visibles habituellement. 

 Nous sommes tous vulnérables 

 L’épidémie de Covid-19 nous a fait prendre conscience qu’anticiper est une manière de soigner, au sens de Joan Tronto. En effet, dans sa célèbre thèse, publiée dans les années 1990 avec le titre français « Un monde vulnérable », le soin (care) est défini comme une « activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte qu’on puisse y vivre aussi bien que possible. » (Tronto, 2009, p. 143). Dans les mots de Tronto, une société juste est une société qui reconnaît que nous sommes toutes et tous vulnérables et que nous faisons toutes et tous, à un moment ou à un autre, l’objet de soins. 

Ce principe, cependant, est en profond désaccord avec les valeurs d’autonomie et d’indépendance défendues dans les sociétés occidentales, au sein desquelles la médecine est essentiellement conçue comme un moyen de restaurer l’autonomie et l’indépendance. L’épidémie de Covid-19 a montré que la santé est un fait social total (au sens de Mauss, 1920). En effet, la menace socio-sanitaire constituée par le virus a mobilisés la totalité de la société et des institutions et a, par ce biais, révélé la pertinence de la définition du soin de Tronto. La vision individualiste de l’autonomie a en effet montré ses limites en biomédecine par le passé – par exemple en matière de prévention ou de consentement – et la crise sanitaire et sociale engendrée par l’épidémie a mis en évidence la formidable source de motivation constituée par la prise de conscience – nous espérons permanente – que nous sommes toutes et tous vulnérables et dépendants. La pertinence de la notion de communauté dans le domaine des soins prend tout son sens dans les circonstances actuelles sur quatre niveaux : la détection des besoins de l’autre, la prise en charge de l’autre, l’adéquation de la réponse aux besoins de l’autre, et la capacité de réponse aux nouveaux besoins créés par la réponse aux besoins initiaux. 

 Une vision instrumentale des décisions anticipées en matière de soins 

 Les directives anticipées ont vu le jour dans les années 1960 dans le but d’étendre le pouvoir d’agir de patients au-delà de la perte – temporaire ou permanente – de leur capacité de discernement. Ces directives permettent en effet à toute personne d’indiquer les traitements médicaux auxquels elle consent ou non et de désigner un représentant thérapeutique. En l’absence de ce document, le Code Civil définit une liste de personnes habilitées, dans un ordre de priorité, à autoriser les procédures médicales ou les soins recommandés au patient. 

Les directives anticipées traduisent une logique pragmatique (Habermas, 1991) et une vision individualiste de l’autonomie (Beauchamp & Childress, 2001) relativement populaires à toutes les échelles du milieu sanitaire. Sans surprise, l’observation des pratiques de soin, les sondages et la littérature scientifique démontrent que les 

directives anticipées sont peu utilisées et ont un effet très limité. Les raisons sont multiples : d’une part, nous semblons peu enclins à discuter d’une détérioration de notre état de santé ou de notre mort et manquons généralement d’informations concernant les documents et démarches qui nous permettraient de nous exprimer par anticipation (Vilpert et al., 2018). D’autre part, la réflexion autour des directives anticipées s’est beaucoup focalisée sur la création de documents très explicites et détaillés, négligeant dans ce processus d’examiner l’adéquation de ces formulaires aux préférences et aux styles décisionnels de leurs auteurs (Hawkins et al., 2005). Plus problématique, les directives anticipées peuvent être remplies sans que les proches, plus particulièrement le représentant thérapeutique, ainsi que les médecins et soignants impliqués dans la prise en charge du patient ne soient informés de l’existence et du contenu de ces directives (Bosisio et al., 2018). Leur effet est de ce fait limité. 

Vers une autonomie relationnelle en matière de décisions anticipées 

Partout en Suisse, au cours de l’épidémie de Covid-19, des proches de personnes partiellement ou complètement incapables de discernement ont été appelés – des semaines après leur dernière visite – pour savoir si les directives rédigées devaient être mises à jour et/ou appliquées en cas de complications. Partout en Suisse des proches, des médecins et des soignants se sont demandé ce que la personne souhaiterait dans les circonstances de cette urgence sanitaire. Partout en Suisse, des proches, médecins et soignants se demandent s’ils ont pris la bonne décision. 

J’aimerais défendre par ces quelques lignes l’idée que l’anticipation est une pierre angulaire du soin, cohérente avec la définition de Tronto. Une anticipation qui soigne est à mon sens une anticipation qui doit permettre de tisser et consolider un réseau de soutien qui reconnaît que nous sommes toutes et tous – patients, proches, médecins et soignants – vulnérables face à la maladie et à la menace existentielle. 

Dans ce contexte, les directives anticipées constituent une opportunité pour toutes les personnes impliquées de s’informer et d’apprivoiser l’incertitude qui caractérise toute décision en prévision d’une perte de la capacité de discernement. Elles devraient permettre aux personnes qui participent à leur élaboration de prendre conscience du poids existentiel des décisions qui pèseront sur les épaules des proches, médecins et soignants lorsqu’il faudra mettre en oeuvre ces décisions anticipées. Il me semble ainsi essentiel de promouvoir des démarches capables de soutenir non seulement le pouvoir d’agir de l’auteur des directives anticipées, mais également de ses proches, médecins et soignants, et diminuer ainsi les urgences décisionnelles. Dans les pays anglo-saxons, le projet de soins anticipé (advance care planning en anglais) intègre les directives anticipées dans un processus de communication structuré facilité par un professionnel formé qui réunit le patient, ses proches, médecins et soignants dans le but de définir des objectifs des soins en prévision d’une perte de la capacité de discernement. Cette démarche fait ses preuves de plus en plus en Suisse et dans le canton de Vaud (Bosisio et al., 2019) et a montré sa valeur durant l’épidémie de Covid-19. 

En conclusion, j’aimerais souligner qu’une anticipation qui soigne est une approche des soins en général et de la décision anticipée en particulier qui reconnait que nous sommes tous vulnérables face à l’urgence existentielle et que les êtres humains sont tous, par nature, dépendants. Une vision individualiste de l’autonomie a donc une portée limitée dans le soin et dans la décision anticipée. Une vision relationnelle de l’autonomie (Mackenzie & Stoljar, 2000) permet au contraire de promouvoir un système de santé qui valorise le lien avec les proches et la communauté et reconnait cette interdépendance comme un moteur essentiel du soin. 

– Beauchamp, T. L., & Childress, J. F. (2001). Principles of biomedical ethics. Oxford University Press. 
– Bosisio, F., Fassier, T., Rubli Truchard, E., & Jox, R. (2019). Projet de soins anticipé ou advance care planning. Proposition d’une terminologie commune pour la Suisse romande. Revue Médicale Suisse, 15, 1634–1636. 
– Bosisio, F., Jox, R., Jones, L., & Rubli Truchard, E. (2018). Planning ahead with dementia: What role can advance care planning play? A review on opportunities and challenges. Swiss Medical Weekly, 148(w14706). 
– Habermas, J. (1991). The structural transformation of the public sphere: An inquiry into a category of bourgeois society. MIT Press. 
– Hawkins, N. A., Ditto, P. H., Danks, J. H., & Smucker, W. D. (2005). Micromanaging Death: Process Preferences, Values, and Goals in End-of-Life Medical Decision Making. The Gerontologist, 45(1), 107–117. https://doi.org/10.1093/geront/45.1.107 
– Mackenzie, C., & Stoljar, N. (2000). Relational autonomy. Feminist perspectives on autonomy, agency, and the social self. Oxford University Press. 
– Mauss, M. (1920). Essai sur le don: Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques. Paris: Presses Universitaires de France (PUF). 
– Mohr, J. J., & Batalden, P. B. (2002). Improving safety on the front lines: The role of clinical microsystems. Qual Saf Health Care, 11(1), 45–50. 
– Tronto, J. C. (2009). Un monde vulnérable: Pour une politique du care. Paris: La Découverte. 
– Vilpert, S., Borrat-Besson, C., Maurer, J., & Borasio, G. D. (2018). Awareness, approval and completion of advance directives in older adults in Switzerland. Swiss Medical Weekly, 148(2930). https://doi.org/10.4414/smw.2018.14642 

Francesca Bosisio est psychologue de la santé et responsable de recherche au ColLaboratoire, Unité de recherche-action, participative et collaborative de l’Université de Lausanne. Spécialiste de l’anticipation des décisions de santé, en particulier chez les personnes âgées, elle est en charge de plusieurs projets mandatés par la Direction générale de la santé et l’Office du médecin cantonal. 

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The Migrant-Citizen Nexus in View of the Coronavirus Pandemic: Can We De-Migranticize Responses? https://wp.unil.ch/viral/the-migrant-citizen-nexus-in-view-of-the-coronavirus-pandemic-can-we-de-migranticize-responses/ Tue, 19 May 2020 06:00:00 +0000 http://wp.unil.ch/viral/?p=1035 Par Janine Dahinden

The world has been confronted by not only the coronavirus pandemic, but also a surge of national(ist) responses to it. By closing their borders and introducing a travel ban for the Schengen Area, European countries have retreated into national fortresses that nonetheless remain highly unequal internally, prioritizing their own citizens’ needs over those of foreigners. 

Bridget Anderson (2019) challenges the simplistic opposition between “migrant” and “citizen”. She adopts the lens of “migrantizing the citizen” to explore the many connections between the formal exclusion of non-citizenship and the multiple exclusions within citizenship. Building on her insights, I propose the lens of the “migrant-citizen nexus” as a way to scrutinize citizenization / migrantization as entangled processes. Analogously to Bridget’s argument that citizenship does not make a citizenry equal, I argue that migrancy is also not equal and can be more or less citizenized. How can the migrant-citizen nexus help us make sense of Europe’s nationalist reaction to COVID-19 and its consequences? Using the lens of the migrant-citizen nexus, I present some alternatives to these nationalism-based policies and measures. I focus on the Swiss case as a specific example of a more general pattern in Europe as a whole (and beyond).

1. A Foreign Virus and the Nationalist Lockdown

On March 13, 2020, the Swiss Federal Council held a news conference and announced a partial closure of the border to Italy in order to ensure that healthcare infrastructure in all cantons could deal with the projected volume of COVID-19 cases. In the words of the Federal Councilor, “these measures are intended to protect the population of our country, namely the functioning of the healthcare system so that we have the capacity to treat our patients. We need to prevent people from Italy from coming here to be treated in our hospitals, especially in the border cantons of Ticino, Valais and Grisons”. The Federal Council indicated that these restrictions also applied to asylum seekers coming from Italy and claimed that this was in accordance with both the Schengen Agreement and the Dublin Convention (see Daniel Thym’s blog for a legal analysis). Restrictions on entry from France, Germany, Austria, Spain and all non-Schengen states followed soon afterwards and were then extended to all remaining Schengen states except Liechtenstein. Exempted from these restrictions are Swiss citizens, persons with a Swiss residence permit and persons who have to travel to Switzerland for work-related reasons or because of an emergency.

2. “De-Nationalizing” the Pandemic by Framing it as a Global Crisis Requiring Non-National Solidarity

Like the Swiss government, European governments have culturalized and racialized the virus by framing it as foreign. But is closing borders to people from “risk areas” and “foreign countries” in order to protect “our” citizens the most effective way of dealing with this pandemic? I argue that citizenizing the pandemic instead would have entailed going beyond nationalist closures, emphasizing solidarity and adopting non-national – local and international – measures.

Based on the universal right to health, access to healthcare can be reframed to protect all who need it. Border controls – not closures – might be useful when implemented independently of the nationality of the border crossers (see Constantin Hruschka’s blog). The screening of all arriving and departing persons, distribution of information material, isolation of individuals suspected of being infected and transfer of the sick to healthcare facilities would be a very effective strategy. Instead of migrantizing people, such an approach would citizenize them. This could circumvent the migrantizing effects of travel restrictions for migrants who are unable to return to the countries where they work, or to return home to care for their families, as many scholars including Lorenzo Piccoli have argued.

Some exceptional efforts hint at a universalizing citizenship regime: Switzerland and Germany, among others, have taken a small number of patients from France and Italy. Additionally, instead of preventing Italians living near the Swiss border from being treated in Swiss hospitals, Switzerland could have done more to facilitate the exchange of patients between cantons when some, because the virus arrived there earlier, came under strain.

3. Filtering the Borders for Nationalist Purposes: Reinforcing Inequalities

Ironically, the Swiss healthcare system relies on the very high number of (now “system-relevant”) and often poorly paid foreign workers from neighboring countries. They have been citizenized in the sense that they are still permitted to cross the borders while, cynically, their families and friends cannot receive treatment in Swiss hospitals. As Van Houtum (2005) has argued, bordering processes are always entangled with ordering and othering, and border regimes always filter individuals according to particular criteria. This has become almost absurdly obvious during the pandemic: we let others enter as long as it is for our benefit – an attitude observable throughout Europe, especially in regard to agricultural and hospital workers.

4. Racialization and Culturalization: Überfremdung Reloaded

While similar mechanisms are observable elsewhere (see Bridget’s post), the virus has been culturalized and racialized in a particular way in Switzerland. A prominent Swiss geographer has claimed that the virus spreads faster in the “Latin-speaking space” of Italy, Spain, France and Italian- and French-speaking Swiss regions because social distancing is a culturally determined phenomenon, and that German-speaking Switzerland therefore needs to be cautious about adopting “Latin measures”. This is not only an untenable culturalization, but also based on problematic calculations of various variables. However, a populist journalist picked up his argument and explained the differing rates of infection in French- and German-speaking regions by their specific, historically grounded “mentalities”, especially regarding state benefits and economic responsibility.

This culturalization and othering comes at the cost of ignoring systems of dominance and echoes concerns over what has been referred to as Überfremdung (“over-foreignization”) in Switzerland. At the core of Überfremdung is the fear that too much or certain forms of immigration will compromise Switzerland’s cultural identity and national integrity. Initially targeting European “migrants”, the focus of this culturalizing and exclusionary discourse had shifted to Muslims and persons from non-European countries. However, the coronavirus seems to have paved the way for a renewed othering of groups that had come to be seen as “like us”. The pandemic has also been used to revitalize imagined differences between Swiss German and French speakers. Similarly to their function in most European countries (Phillips 2010; Hall 1997), such essentialist and reifying forms of culturalization have often been mobilized to secure socio-economic and structural privileges, be it for the Swiss or among the Swiss-German-speaking majority.

5. Migrantization of the European Principle of Free Movement

The Swiss example points to a migrantization of the EU principle of freedom of movement, which, according to Barbulescu and Favell (2020), had already been transformed into a specific form of “immigration” and a way of restricting access to welfare to EU citizens before the coronavirus pandemic. Governments’ reactions to the crisis have increased this migrantization of EU citizens to a previously unimaginable extent.

Remarkably, the severe restrictions on cross-border movements in Europe have rarely been accompanied by restrictions on domestic mobility. While Switzerland has closed its borders and imposed international travel restrictions, people are in principle permitted to travel within the country. Because traveling between Geneva and St. Gallen is not necessarily less dangerous than between Zurich and Munich, a regional instead of a national approach would probably make more sense, perhaps by limiting mobility in the most heavily affected regions.

6. Asylum Seekers: From (Partial) Human Rights Protection to Migrantization

Some of the rights afforded to asylum seekers by the UDHR are currently under attack. Border closures also deny entry to people seeking protection, which Hruschka deems a violation of international law. The situation in refugee camps in Greece and elsewhere is catastrophic and Europe is failing to show any solidarity. But also in Swiss asylum centers, social distancing is mostly impossible, as grassroots organizations have argued. In other words, we can observe a de-citizenization and a reinforced migrantization the context of the asylum system.

7. A Plea for Citizenizing Measures in the Face of the Pandemic

Examining the current situation through the migrant-citizen nexus reveals a tendency within Europe to simultaneously migrantize some people, mainly the most vulnerable, and citizenize others, mainly the most privileged, but also those deemed “system-relevant”. In other words, established gendered, racialized and class inequalities are being reinforced. I have outlined some avenues towards a less nationalistic and unequal response to the coronavirus pandemic, namely a move towards a citizenized approach. The arguments I have raised are partly well established and may now have a chance to break out of the academic echo chamber. Therefore, I reiterate my earlier argument that migration scholars must reach out to policymakers, grassroots solidarity networks and wider audiences and contribute to the creation of a world of citizenship rights unrestricted by nationality.

This blog is part of a wider debate between Bridget Anderson and Janine Dahinden that will be published in 2021 in the Swiss Journal of Sociology 47(1).

– Anderson, Bridget (2019). New Directions in Migration Studies: Towards Methodological DenationalismComparative Migration Studies 7(1).
– Barbulescu, Roxana, and Adrian Favell (2020). Commentary: A Citizenship without Social Rights? EU Freedom of Movement and Changing Access to Welfare RightsInternational Migration 58(1), 151-65.
– Fischer, Carolin, and Janine Dahinden (2017). Gender Representations in Politics of Belonging: An Analysis of Swiss Immigration Regulation from the 19th Century until todayEthnicities 17(4), 445-68.
– Hall, Stuart (1997). The Spectacle of the Other. In: Representation: cultural representations and signifying practices, 225-79. Milton Keynes: Open University.
– Phillips, Anne (2010). What’s wrong with Essentialism? Scandinavian Journal of Social Theory 11(1), 47-60.
– Van Houtum, Henk (2005). The Geopolitics of Borders and BoundariesGeopolitics 10(4), 672-9.

– Swiss Federal Council (2020). Press conference from 13.03.2020 – BR Sommaruga, Berset, Parmelin, Keller-Sutter on: Coronavirus (COVID-19) (own translation from original German/French).

Article initialement publié le 12 mai 2020 sur le blog du NCCR On the move
Pour aller plus loin écouter Janine Dahinden sur radio RaBe

Janine Dahinden est Professeure ordinaire d’études transnationales au Laboratoire d’études des processus sociaux (LAPS) et directrice de la Maison d’analyse des processus sociaux (MAPS) à l’Université de Neuchâtel. Elle est également présidente de l’Association Suisse pour les Etudes Genres et participe au NCCR – On the move. Elle enseigne et effectue des recherches sur les thèmes de la migration, de la mobilité, de l’ethnicité, de la culture et du genre.

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Un pic peut en cacher un autre https://wp.unil.ch/viral/un-pic-peut-en-cacher-un-autre/ https://wp.unil.ch/viral/un-pic-peut-en-cacher-un-autre/#respond Thu, 14 May 2020 05:33:00 +0000 http://wp.unil.ch/viral/?p=961 Par Horace Perret

Et si le pic que les épidémiologistes ont annoncé avec soulagement avoir été franchi à la mi-avril n’en masquait pas un autre, le pic de notre civilisation consumériste ? La crise du covid-19 représente une opportunité historique de faire émerger une société plus durable, juste et joyeuse grâce à l’électrochoc qu’elle nous inflige.

Cela faisait longtemps que le phénomène s’amplifiait, atteignant au fil des décennies des proportions tellement grandes qu’on lui ajouta un préfixe… Certains n’hésitaient pas à le qualifier de « mal du siècle », « d’addiction », d’autres, au contraire, en parlaient comme d’une « nécessité », « d’un acte civique »… Au-delà des divergences de perceptions sur le phénomène, on s’accordait à lui reconnaître un point, ses effets néfastes sur notre planète : montagnes de déchets, pollutions atmosphériques, gaspillage des ressources. Le phénomène dont je veux parler, vous l’aurez deviné, c’est ce que nous faisons tous les jours, la consommation, devenue sur-consommation, et son pendant, la croissance économique.

La croissance économique est peut-être l’un des phénomènes les plus analysé… En ce début d’année 2020, les analystes, justement, s’étaient livrés à leurs pronostics. Le SECO par exemple annonçait que la consommation allait s’accélérer quelque peu en Suisse en 2020 du fait de la bonne situation sur le marché du travail . Au niveau international, le FMI faisait quant à lui état d’un certain optimisme, tablant sur une légère augmentation de la croissance, de 2,9 % en 2019 à 3,3 % en 2020. Le ciel n’était pas tout bleu, mais l’on pensait globalement que la situation irait en s’améliorant. C’est un euphémisme de dire que personne n’avait anticipé ce qui allait arriver…

Il aura fallu d’un grain de sable, ce virus invisible, pour que les rouages du système économique mondial se grippent d’un coup, entraînant un grounding généralisé : plus d’avions dans le ciel, plus de voitures sur les routes, plus de consommateurs dans les magasins, plus d’écoliers dans les écoles, plus de travailleurs dans les usines, etc. Ce qui était impensable se produisait là, en direct, en cette fin d’hiver 2020, sous nos yeux ébahis. La consommation, qui en temps normal fait preuve d’une inertie qui la rapprocherait davantage d’un pétrolier que d’une voiture de course, était stoppée net par les impératifs de santé publique. La toute puissante économie pliait devant la santé publique, les épidémiologistes avaient eu raison des économistes. Une situation vécue comme « au-delà du réel » par ceux qui, il y a encore peu, regardaient, impuissants, la fuite en avant du capitalisme moderne. Voilà que ce que les militants pour le climat s’étaient efforcés d’obtenir au fil d’interminables COP et de manifestations se matérialisait d’un coup comme par enchantement… Cette crise est une « rupture historique », comme la qualifie le sociologue allemand Hartmut Rosa dans une interview au journal « Libération » (édition du 23 avril 2020) , « car elle marque la fin d’une augmentation presque ininterrompue de la mobilité physique et matérielle globale de la Terre depuis le 18ème siècle ». Pour le philosophe, « il suffit de regarder les données disponibles des dernières décennies : la quantité totale de de voitures produites et conduites dans le monde, le nombre et la taille des camions sur les routes, les trains, les tramways, les bus et les métros, le nombre et la taille des conteneurs, navires et bateaux de croisière : ils augmentaient tous d’année en année, pas seulement en Asie, mais aussi dans toute l’Europe. Et bien sûr, le plus spectaculaire, le nombre d’avions, de vols et de passagers dans le trafic aérien connaissait une croissance exponentielle au niveau mondial. Et c’est dans ce domaine que vous voyez les également les effets les plus dramatiques de l’arrêt actuel : 85 % du trafic aérien st actuellement bloqué ».

Partant de ce constat, on est en droit de se demander si le pic que les épidémiologistes ont annoncé, avec soulagement, avoir été franchi à la mi-avril n’en masque pas un autre, le pic de notre civilisation consumériste ? Des analystes dans les secteurs de l’aviation, du tourisme, de l’industrie des loisirs, parlent de plusieurs années pour retrouver les niveaux qui étaient les leurs avant la crise sanitaire. Et s’ils étaient trop optimistes et que ces niveaux n’étaient plus jamais atteints ? Que les PIB des États occidentaux ne remontaient plus jamais la courbe ? Car, au-delà des mécanismes économiques qui favoriseront ou non le retour « à la normale » – que certains souhaitent si ardemment – il est des paramètres plus subtils à l’œuvre. Le virus agit comme un révélateur, le révélateur de notre vulnérabilité face à la nature, le révélateur du conditionnement dont nous sommes victimes. Il agit aussi comme le vecteur puissant d’une prise de conscience, nous amenant à nous poser la question : et si cet autre monde, dont on parle depuis si longtemps, était à notre portée aujourd’hui ? 

Grâce à ces semaines passées en semi-confinement, nous avons pu expérimenter – pour les plus chanceux d’entre nous en tous cas – d’autres façons de vivre, de travailler, de partager. Nous avons vu le monde changer sous nos yeux, la solidarité se développer, la nature reprendre ses droits, la pollution se dissiper au-dessus des grandes villes. Ce serait faux, bien sûr, de penser que la situation actuelle n’a que des avantages. Elle nous a été imposée, implique beaucoup de souffrances, de peurs. Mais n’est-ce pas le prix à payer ? Qui croit encore sincèrement que les changements nécessaires à la transition écologique se feront – à temps – dans les enceintes des institutions ? Quand on connaît les interminables marchandages que sont devenues les COP, les atermoiements dont sont l’objet les parlements nationaux, minés par les lobbies, alors que le temps presse…

La crise actuelle nous offre une opportunité unique, qu’il serait dommage de ne pas saisir. Nos sociétés se trouvent là où elles auraient dû avoir la sagesse de se mettre par elles-mêmes depuis longtemps. Cela n’a pas été possible… Comme l’a souvent démontré l’histoire, les buts que nous nous fixons peuvent être atteints si les volontés et les ressources sont mises en commun. L’arrivée d’un vaccin efficace, grâce à la mobilisation de la communauté scientifique, le prouvera certainement, reléguant la pandémie au rang des mauvais souvenirs. Tout comme le prouvera, nous l’espérons, l’émergence d’une société plus durable, juste et joyeuse grâce à ce coup de pouce inespéré du destin !

Horace Perret est coordinateur du Réseau romand Science et Cité, une association hébergée à l’Université de Lausanne, qui réunit des organisations actives dans le champ de la culture scientifique en Suisse romande dans le but de stimuler le débat critique autour des enjeux des sciences et des techniques. Il partage son temps entre son travail à l’UNIL et le jardin qu’il cultive en commun selon les principes de la permaculture.

Article aussi publié le 14 mai 2020 sur Futurs possibles – blog participatif pour imaginer le monde de demain

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La prochaine pandémie est prévisible, il est temps de prendre au sérieux la crise écologique https://wp.unil.ch/viral/la-prochaine-pandemie-est-previsible-il-est-temps-de-prendre-au-serieux-la-crise-ecologique/ Wed, 13 May 2020 15:11:57 +0000 http://wp.unil.ch/viral/?p=965 OPINION // La relation entre pandémie et destruction des écosystèmes est maintenant bien établie, mais elle est trop ignorée par le grand public et les instances de décision, écrivent plus de 120 scientifiques, dont deux Prix Nobel, dans une tribune collective.

Par un collectif de 120 scientifiques (liste des signataires en bas de l’article)

À la suite de l’émission « Naviguons à vue » du 30 mars 2020 à la RTS, et en se basant sur une tribune publiée par des confrères français dans Libération le 8 avril suivant et sur plusieurs articles scientifiques ou parus dans la presse européenne, il a été estimé important de rendre attentifs par cette tribune nos compatriotes en Suisse sur quelques faits scientifiques montrant le lien entre l’émergence de pandémies et l’environnement naturel.

La pandémie de Covid-19 était inimaginable pour beaucoup. Elle a suscité les pires théories complotistes. Pour de nombreux chercheurs, cependant, une épidémie à large échelle n’a pas été une surprise. Début 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait d’ailleurs introduit une «maladie X» dans la liste des pathologies pouvant potentiellement provoquer un «danger international», invitant les gouvernements à anticiper et à stopper les processus qui provoquent les épidémies de masse et pas seulement à répondre aux maladies lorsqu’elles apparaissent.

De nombreux laboratoires dans le monde consacrent leurs efforts à comprendre les dynamiques épidémiologiques des nouvelles maladies infectieuses comme le Covid-19. Des pandémies ont déjà eu lieu, d’autres sont à prévoir, c’est une quasi-certitude. Les problèmes sanitaires, médicaux, sociaux et économiques que nous découvrons et vivons en ce moment sont énormes. Mais ils ne sont pas les seuls problèmes à résoudre.

L’épidémie actuelle appartient au groupe des zoonoses, maladies qui lient espèces sauvages, animaux domestiques et humains. L’humanité rencontrera toujours des espèces virales, microbiennes et parasitaires auxquelles elle n’est pas adaptée et contre lesquelles elle n’est pas préparée. On estime que les 5400 espèces de mammifères connus dans le monde hébergent quelque 460 000 espèces de virus, dont l’immense majorité reste à décrire. L’immense majorité de ces espèces virales sont inoffensives pour l’homme. Mais même un faible pourcentage d’espèces infectieuses constitue déjà une réserve d’agresseurs phénoménale : depuis des années, nous avons affronté le VIH, Ebola, la dengue, Zika, le chikungunya, la fièvre de Lassa, le SARS, le H5N1, le H1N1, et bien d’autres maladies émergentes qui, étant moins spectaculaires, n’ont pas fait la une de l’actualité. Mais leur nombre semble en constante augmentation depuis un demi-siècle et les épisodes épidémiques se font de plus en plus fréquents.

Empreinte problématique

Les mammifères sauvages ne représentent plus aujourd’hui que 5% de la biomasse des mammifères terrestres, les humains et leurs animaux domestiques représentant les 95% restants. On pourrait donc croire que la menace du passage du virus des mammifères sauvages à l’homme diminue avec leur régression. Le contraire se produit parce que l’empreinte humaine sur l’ensemble de la planète devient énorme. Comme indiqué dans le rapport global 2019 de la plateforme intergouvernementale IPBES sur la biodiversité et les services écosystémiques, notre empreinte sur l’ensemble de la planète devient problématique, notamment avec 75% des écosystèmes terrestres et plus de 65% des écosystèmes marins significativement modifiés par les activités humaines. Ces transformations causent une forte fragmentation des paysages naturels et entraînent une dégradation préoccupante de la biodiversité. Ceci a pour conséquence de perturber les chaînes alimentaires des espèces animales sauvages et peut provoquer des changements comportementaux qui poussent certaines de ces espèces à exploiter des ressources en lien avec les activités humaines. Ceci augmente les risques de transmission de pathogènes aux humains ou à leurs animaux domestiques.

« Les virus bénéficient de ce nouveau réseau de diffusion que leur ouvrent les interconnexions entre leurs hôtes potentiels »

Les virus bénéficient de ce nouveau réseau de diffusion que leur ouvrent les interconnexions entre leurs hôtes potentiels. Aujourd’hui, ceux qui nous menacent tirent avantage de l’expansion globale des activités humaines. Ainsi, un virus qui effectuait encore, en automne 2019, son cycle biologique dans une population de chauves-souris quelque part en Asie, émerge, quelques mois après, sur un marché chinois pour s’étendre à la terre entière en mars 2020 sous le nom de SARS-CoV-2. Apparemment, ce virus est entré en contact avec un autre virus transporté par le pangolin et aurait repris de celui-ci un gène très agressif pour l’être humain.

Prise en compte des limites

Les pandémies qui nous frappent ne sont qu’une facette du changement planétaire. Celui-ci inclut de manière tout aussi préoccupante l’extinction massive d’espèces par la transformation des milieux naturels, notamment en raison de la disparition des habitats, l’extraction des ressources, la pollution généralisée de l’air, de l’eau et des sols et le dérèglement climatique. L’humanité est aujourd’hui confrontée aux conséquences pour elle-même de ses activités, résultant de ses choix économiques et politiques.

Pour un développement durable, d’autres choix sont nécessaires qui sont liés étroitement à la préservation des environnements naturels. Comme le GIEC le fait pour le climat, l’IPBES dispose de nombreux faits et connaissances scientifiques pour renseigner les gouvernements sur les défis posés par la préservation des écosystèmes et de la biodiversité et sur les moyens d’y répondre. Il convient à tous les acteurs de la société, élues et élus politiques en premier lieu, de s’en saisir afin d’engager des politiques nationales et supranationales à la hauteur des enjeux.

Des verrous à lever

Cette nécessité d’action politique pose immanquablement la question des verrous à lever dans la gouvernance de nos interactions avec la biosphère et la prise en compte de ses limites. Les soussignés demandent aux responsables politiques d’agir aussi et sans tarder sur les facteurs à l’origine de cette pandémie dramatique pour tenter d’éviter que cette pandémie ou une semblable ne se reproduise et pour l’inscrire dans une approche systémique tenant compte à la fois de nos besoins et des relations entre humains et avec l’ensemble des organismes vivants.

Pour aller dans la direction des changements nécessaires, nous demandons que soient prises des mesures novatrices pour contrer le changement climatique, pour protéger la biodiversité, préserver la forêt tropicale, les habitats naturels terrestres et aquatiques, ainsi que tout mettre en œuvre pour promouvoir une utilisation plus respectueuse du territoire, ainsi qu’une économie qui permette de diminuer de manière significative notre empreinte environnementale.

Cette nécessité d’action politique pose immanquablement la question des verrous à lever dans la gouvernance de nos interactions avec la biosphère et la prise en compte de ses limites. Les soussignés demandent aux responsables politiques d’agir aussi et sans tarder sur les facteurs à l’origine de cette pandémie dramatique pour tenter d’éviter que cette pandémie ou une semblable ne se reproduise et pour l’inscrire dans une approche systémique tenant compte à la fois de nos besoins et des relations entre humains et avec l’ensemble des organismes vivants.

Article initialement publié le 5 mai 2020 sur le site du journal Le Temps.
Également publié sur Futurs possibles – blog participatif pour imaginer le monde de demain

Les signataires (par ordre alphabétique)
Prof. Alexandre Aebi (UNINE), Prof. Jake Alexander (ETHZ), Prof. Raphaël Arlettaz (UNIBE), Prof. Sven Bacher (UNIFR), Prof. Andrew Barry (EPFL), Prof. Jordi Bascompte (UZH), Prof. Tom Battin (EPFL), Prof. Alexis Berne (EPFL), Prof. Rizlan Bernier-Latmani (EPFL), Prof. Cleo Bertelsmeier (UNIL), Prof. Louis-Félix Bersier (UNIFR), Prof. Marie Besse (UNIGE), Prof. Wolf Blanckenhorn (UZH), Dr Kurt Bollmann (WSL), Dr Med. Riccardo Bondolfi, Dr Florian Breider (EPFL), Dr Jakob Brodersen (EAWAG), Prof. Alexandre Buttler (EPFL), Prof. Marc Chesney (UZH), Dr Nathalie Chèvre (UNIL), Prof. Philippe Christe (UNIL), Prof. Sandra Citi (UNIGE), Prof. Elena Conti (UZH), Dr Daynah Payne (UNIBE-GMBA), Dr Luiz F. De Alencastro (EPFL), Prof. Jacques Dubochet (UNIL), Prof. Peter Duelli (WSL), Dr Andreas Fliessbach (FIBL), Prof. Marion Fresia (UNINE), Dr Luca Fumagalli (UNIL), Prof. Blaise Genton (Unisanté), Prof. Jaboury Ghazoul (ETHZ), Dr. Christophe Giobellina (HUG), Prof. Adrienne Grêt-Regamey (ETHZ), Prof. Charlotte Grossiord (EPFL-WSL), Prof. Benoît Guery (CHUV), Dr Thomas Guillaume (Agroscope), Prof. Antoine Guisan (UNIL), Dr Philippe Hauser (CHUV), Prof. Janet Hering (EAWAG-EPFL-ETHZ), Dr Felix Herzog (Agroscope), Dr Angelika Hilbeck (ETHZ), Prof. Christof Holliger (EPFL), Dr Marcel Hunziker (WSL), Prof. Bastiaan Ibelings (UNIGE), Dr Mauro Jermini (Agroscope), Prof. Vincent Kaufmann (EPFL), Prof. Laurent Keller (UNIL), Prof. James Kirchner (ETHZ), Prof. Christian Klug (UZH), Prof. Tamar Kohn (EPFL), PD Dr Eva Knop (Agroscope), Prof. Jacob Koella (UNINE), Prof. Barbara König (UZH), Dr Maike Krauss (FIBL), Prof. Michael Krützen (UZH), Prof. Anna Liisa Laine (UZH), Prof. François Lefort (HEPIA), Prof. Anthony Lehmann (UNIGE), Prof. Laurent Lehmann (UNIL), Prof. Michael Lehning (WSL-EPFL), Prof. Peter Linder (UZH), Dr Jean-Luc Loizeau (UNIGE), Dr Josep Oriol Manuel (CHUV), Dr Pierre Mariotte (Agroscope), Dr Oliver Martin (ETHZ), Dr Blake Matthews (EAWAG), Prof. Michel Mayor (UNIGE), Prof. Anders Meibom (EPFL), Prof. Peter Messerli (UNIBE), Prof. Pascal Meylan (UNIL), Prof. Edward Mitchell (UNINE), Dr Marco Moretti (WSL), Prof. Heinz Müller-Schärer (UNIFR), Prof. Athanasios Nenes (EPFL), Prof. Pascal Niklaus (UZH), Dr Martin Obrist (WSL), Prof. John Pannell (UNIL), Prof. Christian Parisod (UNIBE), Prof. Raffaele Peduzzi (UNIGE), Dr Sandro Peduzzi (UNIGE), Prof. Loïc Pellissier (ETHZ-WSL), Prof. Owen Petchey (UZH), Dr Bertrand Piccard (Fondation Solar Impulse), Dr Francesco Pomati (EAWAG), Prof. Jérôme Pugin (HUG), Prof. Sergio Rasmann (UNINE), Prof. Andrea Rinaldo (EPFL), PD Dr Anita Risch (WSL), Prof. Marc Robinson-Rechavi (UNIL), Prof. Alexandre Roulin (UNIL), Prof. Walter Salzburger (UNIBAS), Prof. Marcelo R. Sanchez-Villagra (UZH), Prof. Ian Sanders (UNIL), Prof. Maria J. Santos (UZH), Prof. Michael Schaepman (UZH.World Biodiv. Forum), Prof. Gabriela Schaepman-Strub (UZH), Prof. Florian P. Schiestl (UZH), Prof. Bernhard Schmid (UZH), Prof. Knut Schmidtke (FIBL), Prof. Christian Schöb (ETHZ), Prof. Rainer Schulin (ETHZ), Dr Martin Schütz (WSL), Prof. Tanja Schwander (UNIL), Prof. Ole Seehausen (UNIBE-EAWAG), Prof. Irmi Seidl (UZH-WSL), Prof. Sonia I. Seneviratne (ETHZ), Prof. David Shore (UNIGE), Prof. Vera Slaveykova (UNIGE), Dr Dr Eva Spehn (Acad. Suisse. Scie. Nat.), Prof. Konrad Steffen (WSL-ETHZ-EPFL), Dr Serge Stoll (UNIGE), Dr Lucius Tamm (FIBL), Prof. Joseph Tarradellas (EPFL), Dr Josh Van Buskirk (UZH), Prof. Marcel Van Der Heijden (Agroscope/UZH), Prof. Erica Van De Waal (UNIL), Prof. Urs Von Gunten (EPFL-EAWAG), Dr Jean-pierre Vermes (CentroMedico TI), Dr Pascal Vittoz (UNIL), Ing. Agr. Gaby Volkart (Ateliernature), Prof. Gretchen Walters (UNIL), Prof. Alex Widmer (ETHZ), Prof. Walter Wildi (UNIGE), Prof. Yvonne Willi (UNIBAS), Dr Sonia Wipf (CH Nat. Park), Prof. Niklaus ZIMMERMAN (WSL/ETHZ)

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