Impact de la crise COVID-19 sur la solidarité

La Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique (FDCA), en collaboration avec le CEDIDAC (centre de formation, d’organisation de conférences, de recherche et de documentation) et avec le soutien du Centre de Soutien à l’Enseignement de l’Université de Lausanne, propose une série de capsules vidéo mettant en lumière les conséquences du Covid-19 sur différents domaines de recherche de la FDCA.

Dans cette capsule, Giuliano Bonoli et Flavia Fossati, professeurs à l’IDHEAP, présentent les premiers résultats d’un sondage qu’ils ont mené avec une équipe de l’IDHEAP et avec le soutien de l’UNIL, NCCR LIVES et nccr-on the move.

Ce sondage auprès de 1500 personnes (représentatives de la population résidente en Suisse romande et alémanique) cherche à cerner comment les Suisses sont solidaires. La plupart des sondés estiment que la situation est préoccupante et que des aides sont nécessaires. Dans ce contexte, qui faut-il aider en priorité ? Pour connaitre l’opinion de la population sur cette question, une série de profils fictifs de personnes rencontrant des difficultés économiques à cause de la crise sanitaire a été soumis aux sondés.

En général les personnes sondées sont solidaires et estiment les aides nécessaires. Lorsque l’on entre dans le détail de qui mérite d’être aidé, les résultats sont plus contrastés.

Globalement l’idée qu’il faut aider les petits indépendants fait presque l’unanimité. En effet, 98% de l’échantillon estime qu’une aide est justifiée. Par contre, les personnes interrogées sont très peu tolérantes du travail au noir. Les profils hypothétiques de travailleurs non déclarés sont systématiquement considérés comme les moins prioritaires dans l’attribution d’aides. Ni le fait d’avoir des enfants à charge, ni le fait de s’être engagé comme bénévole ne permettent de compenser la pénalité que subissent les travailleurs au noir. Autre facteur important, indépendamment de la situation professionnelle, est le fait de faire du bénévolat. On voit bien, ici, l’importance du critère « réciprocité ». Même dans une situation d’émergence inédite, la peur de « se faire avoir » par des profiteurs du système reste bien présente dans l’opinion publique.

Les facteurs qui démontrent un plus grand besoin sont aussi clairement pris en compte, c’est le fait d’avoir des enfants à charge et d’avoir un partenaire qui se trouve dans la même situation (indépendant/ sans travail). Et pour conclure, la nationalité reste un facteur qui est pris en compte pour décider de qui aider en priorité. Les Suisses d’abord, les étrangers ensuite. L’impact de la nationalité est toutefois moindre par rapport à celui des autres facteurs pris en considération, mais reste visible. Pourtant, on aurait pu imaginer que le fait d’avoir vu nombre de personnel étranger dans les hôpitaux aurait changé la perception que les Suisses ont des étrangers.

Ces premières analyses montrent donc que si les Suisses veulent bien être solidaires dans cette période exceptionnelle, ils ne sont toutefois pas prêts à baisser la garde et veulent continuer à se protéger des profiteurs potentiels ou imaginaires. Des stéréotypes anti-étrangers continuent également à jouer un rôle.  Donc d’accord d’aider ceux qui ont cotisé dans le passé, mais pas les travailleurs non déclarés. D’accord de fournir des prêts avantageux aux petits indépendants, mais pas des aides à fonds perdu. Même en temps de crise la solidarité reste bien encadrée par ces limites seulement en partie rationnelles.

Giuliano Bonoli et Flavia Fossati se sont demandé si la crise avait modifié l’intérêt pour un revenu de base inconditionnel. La tendance en sa faveur est ainsi bien supérieure aux résultats du vote populaire sur cette question en 2016. Il y a donc dans leurs résultats des pistes à envisager pour un futur plus solidaire.