La requalification des travailleurs, pourrait-elle atténuer le choc économique du Covid-19?

Par Albrecht Enders, Lars Haggstrom et Rafael Lalive

Les auteurs remercient Carole Marullaz pour son excellent soutien pour la rédaction de cet article. La contribution se base sur l’article “How Reskilling Can Soften the Economic Blow of Covid-19” paru sur le blog « Harvard Business Review » en juin 2020

Requalifier les travailleurs pour atténuer le choc économique de la crise sanitaire

La pandémie de Covid-19 a fragilisé de nombreuses industries alors qu’en parallèle, d’autres secteurs tels que celui de la santé, le commerce en ligne ou même les écoles dans certains pays, ont au contraire vu la demande pour leurs services se décupler. D’un côté, des millions de travailleurs dans le monde se retrouvaient sans emploi, de l’autre, il y avait une accablante surcharge de travail. 

La plupart des gouvernements ont réagi à la crise en créant des aides spéciales. Peu ont mis en place des programmes permettant aux travailleurs de se requalifier et de se reconvertir vers des secteurs en manque de main d’œuvre. Pourtant, de telles mesures de requalification, visant à rééquilibrer l’offre et la demande de travail dans chaque secteur, peuvent être fructueuses et participer à soutenir les travailleurs en difficulté.

La Suède offre un exemple réussi de cette approche. Là-bas, un consortium d’entreprises privées et d’organisations publiques, profitant à la fois de l’écosystème suédois soudé et habitué à coopérer et de l’urgence de la situation permettant de surpasser les limitations strictes et les freins habituels, ont effectué des transferts entre professions en quelques semaines seulement. Des programmes de formation en trois jours ont été conçus pour permettre aux participants, qui possédaient déjà certaines compétences grâce à leur précédent emploi, d’assister infirmiers, enseignants ou forestiers, notamment. Le processus est composé de quatre étapes majeures : 1) l’identification des besoins et des travailleurs disponibles disposant des compétences adéquates ; 2) la détermination des aptitudes essentielles transmissibles rapidement ; 3) l’allocation des places de travail aux travailleurs nouvellement qualifiés et 4) le contrôle de la qualité de leur travail.

Alors qu’il est clair que la pandémie aura des répercussions à long terme, le transfert de travailleurs entre industries va vraisemblablement devenir de plus en plus courant. De ce fait, chaque pays devrait s’interroger sur la façon dont il peut faciliter, encourager et accélérer ces transferts à travers des programmes de requalification rapide. Bien que relativement modeste, l’expérience suédoise démontre leur potentiel considérable et peut faire office de modèle applicable à plus grande échelle. 

Albrecht Enders est professeur de stratégie et d’innovation et doyen des programmes et de l’innovation à l’IMD Business School de Lausanne. Ses principaux intérêts en matière de recherche, d’enseignement et de conseil portent sur la gestion du changement discontinu et les processus de développement de la stratégie des équipes de haut niveau.
Lars Haggstrom est « Senior Advisor » à l’IMD Business School de Lausanne.
Rafael Lalive est professeur de sciences économiques à la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne. Il travaille sur les questions liées à la politique du marché du travail, à la politique familiale et à l’économie sociale et enseigne des méthodes empiriques pour l’économie et la gestion.

 


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